Blog Poésie | Poèmes en prose, alexandrins et autres éclats poétiques

Poésie is not dead. L’ambition de ce modeste blog de poésie et de littérature est également de faire vivre les différentes formes d’écriture. Les alexandrins c’est un peu vieillot et un véritable casse tête à écrire pour respecter ses règles strictes, mais pourtant quelle douce musique à l’oreille.

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Les usagers de ma tête

Les usagers de ma tête suivent un seul parcours
Néanmoins sur leur globe ils s’ignorent tour à tour
Un binôme nécessaire pour parfaire ma vision
À jamais étrangers ; pointant la même direction

Un peu comme ces voyageurs qui se croisent sans arrêt
Engourdis par la banalité du quotidien des jours ouvrés
Ils en oublient que derrière chaque regard un peu las
Sommeille une âme avide d’ivresse et de joie !

 

L.P

 

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Périple ordinaire

Je me lève avant toi et revêts mon armure de coton.
Je souhaite m’aventurer le premier dans cette journée inédite.
M’élancer dans ce périple anodin pour en tâter les risques, en jauger l’augure.
Ainsi, je me glisse dans le réel et te laisse à l’onirisme.
Tel un espion routinier, je guette l’ordinaire.
J’épie les alentours, scrute leurs moindres recoins,
M’assurant d’éloigner toute forme de danger.
Je balaye consciencieusement les idées noires,
Époussette les futilités pour concevoir une atmosphère paisible.
Mon travail accompli, je viens te faire mon rapport :
Une succession de gestes affectueux,
Une myriade de caresses sur tes épaules assoupies,
Jusqu’au déluge de baisers sur ton être en éveil.
Alors que la cafetière siffle sur le feu son désir de nous propulser dans la vie,
Nous nous prélassons dans un répit qui pourrait être éternel.

L.P

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Naissance des vents

Un battement de cils sur les hauteurs de Bidart,
L’ondulation d’une chevelure au port de Guéthary,
Une mouette qui s’élance vers le rivage atlantique;
Font naître une brise timide qui avance à tâtons.
Cherchant de quoi nourrir son départ impromptu,
Peu à peu elle se gorge de souffles errants.
Ralliant à sa cause des courants d’air isolés,
Des vents solitaires, des rafales, des bourrasques;
Bientôt la petite brise aura droit à un nom.
En attendant elle se faufile à travers les reliefs,
De plus en plus à son aise dans ce paysage côtier.
Elle pénètre les logis, leurs scènes de vie intime,
S’immisce dans les villages aux bâtisses rouge vif;
Guindées de colombages et bardées de piments secs.
Mais, glisser sur des corps à moitié dénudés,
Chasser sur leur peau des perles d’eau iodée,
Faire frissonner tous ces vacanciers ne suffit plus.
Amollir les vagues fut exaltant un temps,
Désormais la petite brise est devenue grand vent.
Capable de chahuter les bancs de sable,
De transformer la houle en allier féroce,
Venant se briser sur les digues impuissantes.
Bipolaires, contraires, changeantes voir schizophrènes,
Ses trajectoires sont de plus en plus imprévisibles.
En sage régisseur de l’ordre terrestre,
Le soleil couchant offre un point de repère.
Attiré par ses teintes imbibant l’horizon,
Le vent se lance à sa poursuite dans une course éternelle.

L.P

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Du sommeil au coin des yeux – Poème alexandrins

Il te reste un peu de sommeil au coin des yeux.
Il a laissé d’infimes traces sur ton être ;
De discrets indices d’un périple audacieux,
Une suite intrigante de formes et de lettres.

Il te reste un peu de sommeil au coin des yeux.
Je sens les vestiges de ta fugue nocturne ;
J’aimerais me blottir au moindre de ses creux,
Y demeurer tel un invité taciturne.

Il te reste un peu de sommeil au coin des yeux.
Dès lors qu’ils s’entrouvrent, la brume se dilue ;
Les paysages alentour deviennent ennuyeux,
La bravoure laisse place à la retenue.

Il te reste un peu de sommeil au coin des yeux.
L’esprit oscille entre réel et rêverie ;
Cette vie éphémère se meurt peu à peu,
Ne laissant derrière elle qu’une peau engourdie.

Léon Plagnol

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Poème court : Une Pluie Cossue

Tel un collier de perles qui soudain se brisa,
Les cieux furent amputés de leur précieux éclat.

Le bijou se déversa lentement,
Jadis retenue par un liseré délicat ;
Un festival d’assauts humiliants,
Sur les gueux arrangés en tas.

L’impact fut aléatoire,
l’intensité crescendo
Et je guette chaque soir,
la chute d’une goutte d’eau.

Puisse-t-elle inonder le brasier de mon cœur,
En chasser les souffrances dans une intense vapeur !

Léon Plagnol

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Poème : Amnésie

J’ai des souvenirs si lointains,
J’ignore s’ils sont miens ;
Comme étranger dans ce corps,
Passager clandestin de ce décor.

L’amnésie se déclare à l’aurore.
Des bribes de pensées s’évaporent,
Telle la rosée fébrile du printemps,
Impuissante face aux rayons ardents.

J’ai beau défier les rouages du temps,
Son sempiternel recommencement,
Ma singularité meurt chaque matin.
Je retrouve dès lors la fougue d’un bambin. (suite…)

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Pensée portugaise #4 : Océan de nuits

L’océan est pudique, il se pare d’un voile brumeux
Son labeur est constant, son train de vie houleux
Des méandres de sable guident ses ondes hasardeuses
Les éléments autorisent quelques incartades insidieuses

La marée tempère ses tentatives d‘invasion
Le vent attise les innombrables oscillations
Telle une pauvre bête en quête d’affection
L’océan est voué à errer sans compagnon

Quand il ne défie pas les péninsules fébriles
Sa monotonie apaise le temps d’une sieste
En journée, le grand bleu apparaît comme servile
Le soir venu, on le découvre bien plus leste (suite…)

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Pensée portugaise #3 : Les refuges bigarrés

Érigés en quinconce, des antres hors du temps
Un troupeau de maisons colorées subtilement
Elles entourent l’estuaire sans trop l’encombrer
Telle une échappatoire minimaliste maculée de traits

Jaune, vert, rouge, bleu dans un canevas simplifié
Le confort est précaire pour apprécier le grand air
Les portes miniatures permettent l’accès au repère
Une fuite de la ville vers un havre côtier

Troquer la pollution contre l’odeur de marée
Les klaxons absurdes contre les mouettes rieuses
Les rythmes soutenus contre un calme acharné
Pour s’émerveiller de rituels, de coutumes poussiéreuses (suite…)

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Pensée portugaise #2 : Estampe du bout de l’Europe

Les falaises grandiloquentes et non moins vulnérables,
Malmenées sans cesse par des assauts redoutables,
Tantôt le vent s’y acharne, tantôt les vagues s’y fracassent,
Les parois s’effritent, mais jamais ne se cassent.

Elles se laissent creuser non sans amertume,
Un domicile de choix pour les farceurs à plumes,
Ils rient de bon cœur en chutant vers l’écume,
Puis d’un battement d’ailes regagnent la brume.

Du haut de mon phare, j’observe sans bruit,
Ce tableau mouvant aux si doux coloris,
Chaque pigment m’évoque une émotion nouvelle,
Sur cette toile, l’humanité tout entière se révèle !

Seul mon antre dénote par son rouge alizarine,
Il doit se distinguer dans la solitude des crêtes,
Diurne, il égaye les côtes que l’océan taquine,
Rare témoignage d’une humanité discrète. (suite…)

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Désormais elle garde les yeux ouverts

Désormais elle garde les yeux ouverts,
Pareils à deux rubis humides et clairs,
D’où jaillit à présent un désir charnel.
L’âme qui trépigne aux portes de ses prunelles.

Désormais elle garde les yeux ouverts,
Laissant ses sentiments à découvert.
Un peu plus chaque jour le voisinage se meurt,
Par l’assiduité des rendez-vous du cœur.

Désormais elle garde les yeux ouverts,
Je surpasse l’attrait de l’imaginaire,
L’appréhension cède sa place à l’indécence,
Alors que ses émotions pénètrent mes sens. (suite…)