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Printemps Bleu #1

C’était une nuit qui n’avait pas de lune. Et le jour précédent avait été monotone.

Nous errions seuls, dans ce décor sombre, égarés, indifférents.

Cet ami, que vous voyiez, il m’a toujours fait une excellente impression. Il m’est apparu, depuis que nous nous connaissons, comme un être puissant et fier.

Je le sais parce qu’à son contact, moi, je me suis trouvé un peu terne et emprunté. Ce soir j’ai l’impression de le voir tel qu’il est : tendre, imparfait, incertain.

Je ne sais pas si je l’aimais. Je pense que je l’adorais, que c’était un modèle que j’essayais d’atteindre. Comme un idéal, une image de moi que j’aimerai.

Mais en cette soirée de printemps, rien ne peut me détourner de cette atmosphère calme, ou je contemple la mer comme je contemple mon âme. Et j’aime ce que je vois.

François Lillart

(En collaboration avec Paul Lecat)

Poésie courte pluie

Poème court : Une Pluie Cossue

Tel un collier de perles qui soudain se brisa,
Les cieux furent amputés de leur précieux éclat.

Le bijou se déversa lentement,
Jadis retenue par un liseré délicat ;
Un festival d’assauts humiliants,
Sur les gueux arrangés en tas.

L’impact fut aléatoire,
l’intensité crescendo
Et je guette chaque soir,
la chute d’une goutte d’eau.

Puisse-t-elle inonder le brasier de mon cœur,
En chasser les souffrances dans une intense vapeur !

Léon Plagnol

poéme portugal navigation poésie

Pensée portugaise #1 : Introduction

« Naviguer est nécessaire, vivre ne l’est pas » – Fernando Pessoa

Car si vivre consiste à subir les tumultes, à quoi bon s’infliger les réveils quotidiens ?
Voguer permet des avancées fluides sans pour autant s’agiter. Dériver nous mène avec légèreté vers des lieux insoupçonnés. Je ferme les yeux et les lignes ondulées se succèdent, similaires, néanmoins toutes singulières. Le sel infiltre mes pores puis s’associe au soleil pour briller sournoisement mon épiderme si pâle. Il me fait comprendre que je n’ai pas ma place sur cette surface humide et les éléments qui se déchaînent ne cessent d’appuyer son propos. Mais une brève halte hors du plancher des bovins ravive les sens en bousculant les certitudes. Vulnérable cloporte à l’échelle de cette immensité, qui oublie de s’étonner de son improbable existence. Sur un vieux tronc d’arbre ou à bord de majestueuses galères, le phénomène de flottaison nous berce d’histoires à s’approprier, de contrées à explorer et d’âmes à côtoyer. Le mouvement prime la destination. L’immobilisme est préjudiciable. Tenter d’attirer à soi les remous du large est lâche, la gratification inexistante.
Immerge ta souche et chevauche-la, pense à ce que tu cherches sans trop l’idéaliser. N’oublie pas le chemin inverse vers le port d’attache, car partir n’est pas une fuite, mais une quête pour mieux revenir.

L.P