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Le jardin parfumé de bleuets

Deux petites buttes de terre, de l’herbe fraîche, et même quelques belles pousses.
Ce matin-là, en ouvrant les volets machinalement comme chaque jour, Lila fut frappée par le paysage qui se dessinait sous ses yeux. Elle a toujours vécu dans cette maison de campagne. Bien qu’elle ait évolué au fil des années, modelée par les parents pour accueillir frères et sœurs, gagner en confort et praticité, elle n’a finalement connu que ce seul lieu de vie. Une grande bâtisse de crépi blanc posée au milieu d’un terrain en campagne, non loin d’une ville moyenne de province.



Peu importe le temps qu’il faisait dehors, Lila ouvrait les volets de son unique fenêtre tous les matins comme pour se laisser envahir par les saveurs d’un nouveau jour. Que la veille fut tragique ou extrêmement joyeuse, qu’elle ait fait le plus beau des rêves ou le pire des cauchemars, elle préférait aller de l’avant, ne pas se cramponner au passé. Mais ce jour-là fut tout de même particulier. Elle n’avait jamais remarqué ce petit carré de verdure en face de sa fenêtre. Il dénotait du reste du terrain par sa couleur et ses composantes. 



C’est décidé !

Ce sera son jardin secret. Un jardin encore frêle et timide, mais un jardin déjà parfumé de mille promesses.
Le chantier était vaste, elle ne savait pas par quel bout le prendre. Sa mère, bien trop occupée avec la fratrie, avait délaissé depuis belle lurette tout projet de jardinage. Lila, enthousiaste par nature, bouillonnante de vie, est persuadée d’arriver seule à apprivoiser cet environnement. Elle ôta ses ballerines, retroussa les manches de sa tunique à fleurs et attacha ses longs cheveux lisses un tantinet cuivrés. Elle jaugea le terrain un instant puis s’attaqua au défrichement des buttes.

Comme prise d’une nouvelle passion pour son jardinet, Lila consacrait beaucoup de temps et d’énergie à l’entretenir et à en découvrir chaque recoin, chaque possibilité. Ses mains délicates de jeune fille étaient de plus en plus habiles et chaque jour enrichissait ses connaissances de la terre. Après quelques tâtonnements, le jardin commençait à ressembler à quelque chose. Les pousses encore timides, les touffes plutôt clairsemées, mais peu importe. Lila en plein apprentissage se gorgeait de ces plaisirs journaliers, telles de petites victoires personnelles. Elle semblait construire sa future vie de femme au travers de ce projet champêtre. (suite…)

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Le temps des merises

Quelle patience, quelle abnégation de la part de ce merisier. Le mois de mai est synonyme d’éternel recommencement dans ce village de Drôme provençale. Non pas à la manière d’une vieille rengaine, redondante et dépassée non, plutôt comme un rendez-vous récurrent qui nous surprend toujours. On a beau l’expérimenter chaque année à la même époque, ce phénomène de floraison nous émeut à tous les coups. Je nous soupçonne de feindre l’amnésie, de questionner sa venue chaque hiver pour mieux nous laisser cueillir par sa douceur. Et si le miracle des bourgeons était notre ultime lien intergénérationnel ? Petits et grands s’émerveillant du retour du printemps. De cette nature à la fois brute et complexe, dure et fragile, logique et mystérieuse.

Il a toujours été là, planté majestueusement au fond de notre cour. Dans mes yeux de bambin, il semblait chatouiller les cieux lorsque son feuillage vert s’extirpait de ce pelage rugueux. Sans âge, il trônait massivement au gré des éléments, des saisons et du voisinage. Il a été un formidable outil d’apprentissage pour tous les garnements des environs. Sa robustesse mise à rude épreuve en a calmé certains, même les plus prétentieux. Aveuglés par un trop plein de jeunesse nous étions trop sots pour saisir la magnificence de cet être. “On touche avec les yeux” nous répétait la grand-mère au sujet des belles choses, des objets précieux. Voilà un précepte tout à fait approprié à ce merisier. En plus de résister aux viles attaques à coups de pied, aux impacts de ballons de football ou à de vilains ongles arracheurs d’écorce il a dû subir nos concours d’escalade. (suite…)

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Le serpent tueur

I.

18h09. Un mois de février qui remplissait la capitale de sa morosité annuelle. Éreintés par la grisaille incessante et les journées amputées de précieux halos de lumière, on languissait le printemps. Les petites gens trépignaient à l’idée de reprendre les virées dominicales hors de la ville ; à bord d’une AMI 6 rouge criarde ou d’une 404 rutilante pour prendre d’assaut les campagnes d’Île-de-France.

Le corps inerte d’une trentenaire gisait au beau milieu d’un salon modeste. Sa posture, face contre terre, l’arrière-train pointant droit vers le lustre, pouvait prêter à sourire. La mort perd toute crédibilité face à ce genre de scène cocasse. L’inspecteur Hike demeurait impassible. Des années à côtoyer le crime l’avaient rendu flegmatique, presque froid. Pourtant il écoutait d’une oreille assidue le récit de la voisine à l’origine du signalement tout en analysant minutieusement les lieux de son œil averti. Un grand bruit avait alerté cette brave dame d’origine portugaise qui, après avoir tambouriné à la porte, avait pénétré dans l’appartement pour y découvrir l’affreuse réalité. L’inspecteur, sous son air las et renfrogné, cogitait déjà à plein tube.

Pourquoi la mort ne semble-t-elle pas venir de la blessure à la tête ? Cette voisine est-elle crédible ? La porte était-elle vraiment ouverte ? Et pourquoi cette posture ridicule ? Est-ce un message d’un éventuel assassin ou un malheureux accident ?

En ouvrant la fenêtre du salon pour dissiper tant bien que mal les reflux mortifères du corps pourtant fraîchement dépourvu de vivacité, il perçut au loin le toussotement caractéristique de la vieille DS de son acolyte, François. “Son taco est aussi fiable que ses capacités cognitives”, se formulait Hike. Attendant que l’autre phénomène daigne enfin se joindre à l’enquête, il en profitait pour faire le tour du logis. Un logement somme toute classique d’une employée lambda en périphérie de Paris. Un plancher qui gémissait sous chaque pas, une tapisserie un brin jaunâtre, des meubles çà et là ; plutôt acquis pour leur fonctionnalité que pour un quelconque souci d’harmonie intérieure. Un transistor noir écaillé posé sur une enfilade au bois clair faisait face à un secrétaire calé en diagonale dans un coin de la pièce regroupant salon et cuisine. Quelques assises arrangées autour d’une table basse venaient proposer un semblant d’espace cosy au centre de la pièce. Dans l’unique chambre, le minimalisme était total, hormis la présence d’un petit oiseau coloré pépiant à l’intérieur d’un dôme en fer forgé.

  • Aaaaah !! Mais c’est quoi ce truc ?!
  • Tiens te voilà, j’aurais dû me douter que ta présence allait m’agacer davantage que ton retard. Pour répondre à ta question, pas besoin d’ouvrir un dossier pour voir qu’il s’agit tout bonnement d’une cage accueillant un volatile.
  • Désolé inspecteur, j’ai horreur des piafs. Depuis que j’ai vu ce film dans lequel ils s’attaquent aux humains, c’est devenu une véritable phobie.
  • Enfin, nous ne sommes pas dans un film et cet espèce d’ara ne dépasse pas les 10cm. Bref, un topo sur la situation ça vous intéresse ?
  • Oui merci chef, désolé pour le retard. Vous savez ma DS, c’est un vrai bolide une fois lancée, mais y’a des jours elle veut rien entendre.
  • Ma première hypothèse serait une mort par étranglement. Je pencherais pour un assassinat, mais il n’y a pas de trace de lutte. Les ongles de la dame sont impeccables, aucun résidu de l’extrémité jusqu’à la lunule, aucun ébrèchement. Tout est parfaitement soigné. De plus, l’appartement est en ordre. Soit le tueur a pris le soin de tout ranger, soit la mise à mort fut nette, voire opérée hors du domicile. Je ne parviens pas cependant à déterminer l’élément ayant servi à la strangulation. Un cordage me paraît peu probable. Si vous pouviez vous renseigner sur le profil de la victime.
  • Bien sûr chef, merci pour le debrief chef.

(suite…)

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Les usagers de ma tête

Les usagers de ma tête suivent un seul parcours
Néanmoins sur leur globe ils s’ignorent tour à tour
Un binôme nécessaire pour parfaire ma vision
À jamais étrangers ; pointant la même direction

Un peu comme ces voyageurs qui se croisent sans arrêt
Engourdis par la banalité du quotidien des jours ouvrés
Ils en oublient que derrière chaque regard un peu las
Sommeille une âme avide d’ivresse et de joie !

 

L.P

 

Délire de haute volée

5 mots imposés : aile/vaporeux/allure/fragrance/décoller

Un souffle chaud me flatte le visage, il me badigeonne les joues de tendresse. Une étreinte réconfortante qui me rappelle mes premiers mois de vie. Je pourrai m’éterniser dans cette sensation de pesanteur apaisante. Le battement d’aile d’un oiseau achève de me sortir de cet état vaporeux. Mes rétines encore voilées de sommeil troublent mon discernement.

Quelques frictions de mes paumes sur les paupières parviennent à rétablir ma vue.

Autour de moi, une sorte de prison faite de bois tressé. Un plancher et quatre murs uniformes puis un toit ouvert sur un ciel de feu. C’est donc cela l’enfer ? Une cage dont la seule issue débouche sur un environnement hostile ? À quatre pattes, j’inspecte chaque recoin, gratte l’osier avec mes ongles. Mes sens encore brouillés par ce réveil impromptu me clouent au sol. Il faut pourtant que je sois debout pour en savoir plus. La curiosité parvient à convaincre mes membres de se mettre en action. Je me lève, non sans mal, en direction de l’âtre incandescent situé au-dessus de ma tête. L’air chaud qui s’y dégage est immédiatement happé dans une sorte de tube évasé relié à ma cage. À peine debout, mes yeux balayent l’endroit et stupeur ! Je réalise que je vogue en plein ciel, à près de cent mètres du haut et dans une montgolfière multicolore qui plus est ! (suite…)

Interférences

Je voudrais tout raconter d’une traite, malgré le chagrin qui m’accable. Je ne peux contenir en moi pareil secret.
 Ainsi, j’entame mon récit d’une main tremblante, garante de gestes mal-assurés. Le temps presse, mais les histoires manuscrites ont pour moi une solennité incomparable. La puissance des mots, passant de la vue à l’esprit du lecteur, a le pouvoir de le saisir tout entier. Cependant, à chaque assaut de la mine sur la page immaculée, le résultat est plus proche de la sismographie que du brûlot que j’ai en tête. Pourtant, mon message est d’une importance capitale. Il doit préserver l’authenticité et la force d’une transcription brute, sans brouillons ni fioritures. Tel Kerouac, seule une prose spontanée, crachée sans filtre sur le frêle papier saura véhiculer les émotions qui me traversent.

J’agrippe alors une vieille machine à écrire. Une Remington que je conserve pour quelques séances d’écritures singulières ; lorsque je me prends pour Hemingway, attendant l’inspiration derrière des vapeurs d’alcool et de tabac vanillé. Dès lors débute un concerto de touches enfoncées et de retour chariot tintant sous mes doigts crispés. Seulement, à la lecture de ce jet d’encre ininterrompu, voilà que mon rimmel vient se poser çà et là sur mes paragraphes incendiaires. Mes notes se troublent puis se noient sous diverses bulles humides. Mes sentiments, sitôt traduits en lettres, se mélangent dans le sillage de mes pleurs pour devenir un fleuve informe alimenté par des impacts de gouttes disparates. (suite…)

Spore : jeu de jambes

Depuis notre naissance, elle n’a eu de cesse de me défier. Elle voulait toujours me dépasser, me précéder dans la vie. On la trouvait plus adroite, plus longiligne et moi, j’étais son pendant un peu gauche.

Régulièrement, nous nous lancions dans des courses absurdes. Cela débutait par une simple marche. Elle faisait un pas, j’en faisais un plus grand, et ce, jusqu’à gambader comme des dératées. Cette fois-là, je fis une entorse à mon code d’honneur en lui assénant un croche-pied sournois.

Nous voilà toutes deux dans le plâtre, à égalité. Elle boude, mais ça me fait une belle jambe !

L.P
https://tavernedesspores.fr

poeme matin café voyage

Périple ordinaire

Je me lève avant toi et revêts mon armure de coton.
Je souhaite m’aventurer le premier dans cette journée inédite.
M’élancer dans ce périple anodin pour en tâter les risques, en jauger l’augure.
Ainsi, je me glisse dans le réel et te laisse à l’onirisme.
Tel un espion routinier, je guette l’ordinaire.
J’épie les alentours, scrute leurs moindres recoins,
M’assurant d’éloigner toute forme de danger.
Je balaye consciencieusement les idées noires,
Époussette les futilités pour concevoir une atmosphère paisible.
Mon travail accompli, je viens te faire mon rapport :
Une succession de gestes affectueux,
Une myriade de caresses sur tes épaules assoupies,
Jusqu’au déluge de baisers sur ton être en éveil.
Alors que la cafetière siffle sur le feu son désir de nous propulser dans la vie,
Nous nous prélassons dans un répit qui pourrait être éternel.

L.P

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Naissance des vents

Un battement de cils sur les hauteurs de Bidart,
L’ondulation d’une chevelure au port de Guéthary,
Une mouette qui s’élance vers le rivage atlantique;
Font naître une brise timide qui avance à tâtons.
Cherchant de quoi nourrir son départ impromptu,
Peu à peu elle se gorge de souffles errants.
Ralliant à sa cause des courants d’air isolés,
Des vents solitaires, des rafales, des bourrasques;
Bientôt la petite brise aura droit à un nom.
En attendant elle se faufile à travers les reliefs,
De plus en plus à son aise dans ce paysage côtier.
Elle pénètre les logis, leurs scènes de vie intime,
S’immisce dans les villages aux bâtisses rouge vif;
Guindées de colombages et bardées de piments secs.
Mais, glisser sur des corps à moitié dénudés,
Chasser sur leur peau des perles d’eau iodée,
Faire frissonner tous ces vacanciers ne suffit plus.
Amollir les vagues fut exaltant un temps,
Désormais la petite brise est devenue grand vent.
Capable de chahuter les bancs de sable,
De transformer la houle en allier féroce,
Venant se briser sur les digues impuissantes.
Bipolaires, contraires, changeantes voir schizophrènes,
Ses trajectoires sont de plus en plus imprévisibles.
En sage régisseur de l’ordre terrestre,
Le soleil couchant offre un point de repère.
Attiré par ses teintes imbibant l’horizon,
Le vent se lance à sa poursuite dans une course éternelle.

L.P

takashi murakami

[Article Invité] Takashi Murakami et le Rap

L’artiste Nippon fait énormément parler de lui depuis quelques années, notamment grâce à ses différentes collaborations.
De Perrier à Louis Vuitton en passant par Google, Takashi Murakami sait se réinventer et offrir une vision de son monde, situé entre la pop culture et la tradition japonaise, à des publics différents. Très intéressé par la sphère hip-hop, il a comparé ce mouvement à l’art contemporain lors d’une interview. Les deux mouvements étaient effectivement fortement critiqués lors de leur apparition et n’intéressaient que le monde urbain. Depuis, ces deux arts ont fait leur trou. Ils ont acquis une visibilité et une reconnaissance internationales.
Ce papier fera office de memento pour rappeler les trois feats les plus importants de Takashi avec la planète rap et sa périphérie.

« I see dead people » : Entre 6ème sens et voyage expérientiel

Dernièrement, il a bûché main dans la main avec le rappeur (qui se rapproche plus d’un couteau suisse) de Chicago Kanye West et notre dépressif favori, Kid Cudi. Début juin 2018 sortait leur chef d’œuvre, à mon humble avis, Kids See Ghosts. Ce dernier, composé de 7 titres, est habillé par un magnifique dessin aquarellé que l’artiste lui-même a repris de sa collection. Manji Fuji (23.88 x 31.75 cm.- 2001) sur la gauche, tient ses traits du Nihonga qui est un mouvement de peinture traditionnelle japonaise.

Les deux œuvres présentent donc de nombreuses similitudes telles que la toile de fond du Mont Fuji (bien sûr inspiré par Trente-six vues du Mont Fuji du grand Hokusai), les arbres courbés mais également les caractères « ovales », signature de l’artiste. Sur la cover, ceux-ci sont néanmoins placés plus sur la gauche en plus d’être minimisés. Autre différence, qui n’est pas des moindres, les caractères Kanji se retrouvent inversés et peuvent se traduire par « Chaos ». Le choix des couleurs aux nuances psychédéliques et l’ajout des personnages fantomatiques ne sont pas anodins et peuvent symboliser le voyage expérientiel de l’auditeur qui navigue entre 4th Dimension et Ghost Town.

Mais ce n’est pas fini ! En effet, quelques temps après la sortie de ce projet, Kid Cudi et Kanye West ont annoncé la sortie d’un dessin animé reprenant le fameux Kanye Bear dont on ne parle plus et un renard qui n’est autre que Scott Mescudi. Mêlant références à la culture japonaise ainsi qu’au monde des comics américain, le tout rythmé par des scènes hilarantes, nous sommes impatients de découvrir cette série animée réalisée en CGI par Takashi. (suite…)