Exercices et jeux d’écriture | Blog Littérature Cyniquetamere

Des contraintes de temps, de format ou des mots imposés, voilà comment peaufiner son style et nourrir sa motivation littéraire. Découvrez des jeux d’écriture et autres exercices : tautogramme, alexandrins, poésies en rimes ou encore lipogramme à la manière de Georges Perec et du collectif OULIPO.

Poésie estampe nature peintre

Estampes rurales

5 mots imposés : expression/tentative/promettre/perle/certains

 

Délicat canva qui se révèle à qui veut bien se laisser faire,
Dans un tourbillon de teintes, un pantone mouvant et éphémère,
L’éclat céleste serpente sur les collines graciles,
Tout comme le vagabond guidé par une nature volubile.

Le sépia s’ouvre sur l’ocre puis viennent les premières gelées,
De la rouille naissait enfin d’onctueuses taches pourprées,
Les transitions sont fluides, à l’évidence instinctives,
Un dégradé subtil coule sur la toile passive.

Au grès des éléments et de certains caprices,
À chaque recoin l’encre s’immisce,
Des perles colorées, comme tentative de peindre,
Une évidence qui se meurt peu à peu sans geindre. (suite…)

forrest-gump-poésie

Cours !

5 mots imposés : désolé/cirque/nœud/ville/peu

Te souviens-tu de nos prières, de ton désir de voler ?
S’extirper de la misère pour enfin respirer,
Hors d’une foule grégaire toujours plus pressée.
Des matinées de calvaire à se faufiler.

Agenouillés dans l’herbe, les mains jointes,
Loin de la ville acerbe et ses heures de pointe,
Ma peau encore imberbe, ton sourire en demi-teinte,
Je suis à court de verbes, ces souvenirs m’éreintent.

Tes murmures timides dessinent d’élégants projets,
Une musique fluide pour mes ambitions étriquées.
Ton aura me guide, éblouissant les quolibets,
Qu’y a-t-il de plus stupide que la stupidité ? (suite…)

Reportage gilles et john

Gilles & John

5 mots imposés : banque/hélicoptère/ange/grille/gigantesque.

Pareils à de prodigieux arpèges entonnés avec fougue, les pales de l’hélicoptère se devinent dans l’atmosphère brumeuse. Des bourrasques de notes, maintenues fébrilement par une rigueur admirable. Les émanations délétères guident l’engin et John, son pilote, vers un gigantesque marasme. Bien qu’essoufflés, les évènements perdurent chaque semaine.

Ces rendez-vous mélancoliques d’une communauté inaudible, prônant les couleurs criardes et le brouhaha général pour harasser les têtes pleines d’ambition et de puissance.
Paralyser les corps pour raviver la réflexion, s’extirper d’un quotidien morne pour un acte concret, secouer l’ordre et la bienséance, renouer avec sa bestialité dans une société castratrice ou simplement défouler son jeune être sans repère ni avenir. Il est 17h passé lorsque du haut de son habitacle, John glane de son regard condescendant l’état d’excitation des cons et des sans-dents amassés. Afféré sur la place principale, il ne reste que le haut du panier. Il s’abstient d’illuminer la foule par l’épais jet de lumière que détient son arme à hélice. Il attendra que la journée se meurt complètement, emportant dans un dernier râle les espoirs de ces anges déchus. (suite…)

Rêverie exotique

5 mots imposés : antilope/décadent/plage/manchot/éventuel

Maintes fois, au réveil, mon crâne est plein de fantaisie,
Imprégné de songes éteints et de contes indécis,
Autant d’états singuliers, de germes de poésie,
Qui grisent votre âme et transportent votre esprit

Lors de mon dernier rêve, je m’étendais, très impudent
Sur une belle étendue, vaste et harmonieuse.
Et je l’étreignais – cette âme brûlante et capricieuse,
La recouvrant d’écume, d’un amour pâle et décadent.

Mon être était ardant d’une fièvre nouvelle
Qui s’exprimait sur elle de plusieurs façons :
Une suite de chocs, de caresses, de frissons,
Témoignage éclatant de mon amour fidèle. (suite…)

Jack London Poème Martin Eden

Jack Eden

5 mots imposés : rançon/porc/bicyclette/poisson/clignotant

De vil pilleur d’huîtres à gros poisson littéraire,
De bête de somme à vagabond de l’esprit,
De chercheur d’or à jeune marin aguerri,
De héros fictif à écrivain téméraire,

Préférant vivre que simplement exister,
Besognant sans relâche malgré ma condition,
Véritable goinfre d’un savoir en gestation,
La rançon de la gloire comme carotte agitée,

« J’accuse la course au profit d’appauvrir nos âmes.
Amis, camarades il est grand temps de faire route !
Ces porcs en cols blancs n’imaginaient pas sans doute,
Kyrielles de prolétaires parés pour le drame. » (suite…)

Exercice écriture poésie rimes

Aquarius

5 mots imposés : antilope/décadent/plage/manchot/éventuel

Enfanté par la mer, nourri aux embruns,
Échoué sur la terre, je lui tendis la main,
Prêt à devenir père de ce joli bambin,
Habitué à l’ère des bandits manchots radins.

Un naufrage inespéré sur ce sol maudit,
La plage, une maternité folle et meurtrie,
Ce paquetage ballotté m’isole des cris,
Un mirage auréolé de paroles bénies. (suite…)

Les gouffres sereins

Exercice avec cinq mots : Aquatique, pêche, incendiaire, corbillard, sauterelle

Comme un vase étroit, comme un corbillard étriqué, il avait le cœur débordant de mille choses ; des choses riches, alambiquées, teintées des plus vives couleurs. Ces variations, ces souffles interminables qui balayaient l’intérieur de son corps nonchalant, n’offraient guère de calme ou de répit. Ils refusaient à son jeune esprit la candeur et le goût des choses légères. Ils lui refusaient également les certitudes, les convictions futiles. La Nature avait fait qu’en son cœur régnait une agitation, un chaos infini. De celui-ci s’échappaient parfois des vapeurs sinistres, accompagnées de lave qui s’extrayait des cavités et se déversait sur les pentes attenantes. Avec les années, il avait pourtant appris à comprendre ce chaos, à l’écouter gronder, à deviner sa composition. Et si sa nature frénétique l’effrayait toujours autant, il savait désormais devancer certaines explosions. Quand elles étaient sur le point de se produire, il prenait le soin de s’écarter et s’enfuyait prudemment loin dans l’abîme. Loin, seul, dans cet espace infini. Les instants passés dans cet endroit étaient d’une extrême langueur et d’un réconfort providentiel. Il s’y laissait bercer, s’y perdait lentement ; il lui arrivait d’oublier le sort du monde et même le sien. Il y abandonnait sa force, sa vitalité, son destin. Il aimerait que le temps redoutable le délaisse, pour vivre ici des heures plus longues, et que l’éternité se laisse poindre, un jour.

Certains êtres resteraient blêmes devant pareil spectacle. Il faut être d’une constitution particulière pour apprécier une telle profondeur. Et qui pourrait blâmer les esprits inquiets ; ici, pour certains, le silence était pareil à un feu sournois qui berce et consume. C’était justement ce silence qui l’avait séduit. Comme s’il goûtait à un souvenir heureux, comme s’il retrouvait un sentiment déjà connu. Et quand s’animaient en son cœur des pensées funestes, des colères incendiaires – ces choses qui vous rongent, il déversait la sève malade dans cet espace limpide.

Un jour, quelqu’un d’autre s’aventura dans cet univers. Il avait l’apparence d’une sauterelle. Il était silencieux et restait là, non loin. Rien ne le bouleversait. Et quand parfois l’autre se libérait de sa bile noirâtre, il restait impassible, observant à peine le remuant spectacle. Parfois, ils parlaient ensemble. L’autre lui racontait sa vie, lui décrivait les mouvements qui composaient son cœur et lui parlait de choses qu’il ne disait à personne. Rien n’affectait l’insecte. Il écoutait si bien, que plus jamais ils ne se quittèrent.

F.L.

Exercice d'écriture Fable Mérou Sauterelle

Fable : La sauterelle et le mérou

5 mots imposés : aquatique/pêche/incendiaire/corbillard/sauterelle

Par une onctueuse soirée automnale, la sauterelle et ses congénères survolent avec vigueur les derniers pans de terre de la Sardaigne. Il n’est jamais chose aisée que de traverser la méditerranée. Bien qu’évoluant en un nuage magistral et informe, nombre de camarades y ont laissé leur vie.
Les récits leur rendant hommage se transmettent avant chaque départ pour des régions plus accueillantes. Rien n’entache cependant la persévérance des sauterelles, une espèce fière, courageuse, mais surtout terriblement bornée. Qu’importe les risques de tornades, de pluies intenses ou l’attaque fugace des mouettes, le périple prend place.

Une douzaine de kilomètres séparent les deux côtes. L’amas d’insectes, extrêmement dense, avance en trombe. Les individus au coude à coude ne font qu’un au-dessus du dédale aquatique.

Une sauterelle peine à se contrôler, elle désire ardemment se frayer un chemin jusqu’au peloton de tête. Depuis la sortie de son état de larve, elle n’a pas froid aux yeux et s’arrange pour être de celles qui mènent et non de celles qui subissent. Le groupe des chefs est proche, mais elle ne parvient pas à les atteindre. Son seul moyen est de s’extirper du nuage, le remonter et le réintégrer à son point de départ. Bille en tête, la sauterelle exécute son plan. Mais, la naïveté de sa jeunesse fougueuse lui saute bien vite au visage. À peine eut-elle quitté son groupe qu’elle voltige avec la force du vent, peinant à se rétablir, elle reçoit les restes incendiaires d’un coup de tonnerre qui lui brûle l’extrémité des ailes. La voilà qui chute en chandelle tel un Icare de pacotille non loin des îlots morcelés des bouches de Bonifacio. (suite…)

La chasse

5 mots imposés : enterré, frappé, absurdement, échange, protéger

François entra dans son appartement et ferma la porte avec précipitation. Après avoir jeté son manteau sur le canapé, il s’enterra dans son fauteuil. Quelqu’un le suivait depuis plusieurs jours, il en était persuadé. Il sonda son esprit pour voir si celui-ci devenait schizophrène, puis rejetant cette hypothèse absurde, il s’approcha de la fenêtre. François était un peu nerveux. Il n’appréciait guère l’obscurité qui enveloppait la situation. Elle lui paraissait être des lacunes dans son raisonnement. La sensation d’être suivi, bien qu’étrange, ne lui déplaisait pas. Il avait secrètement espéré avoir un jour des admirateurs inquiets de son sort de poète. Non, ce qui l’ennuyait c’était le mystère autour de cet inconnu, autour de cette ombre qui le chassait et qui s’approchait. Cette sensation nébuleuse attisait sa curiosité et troublait son esprit déjà bien agité. Était-ce quelqu’un qu’il connaissait ? Était-ce un admirateur aux pratiques étranges ? Il devait en avoir le cœur net. Il ne voulait qu’un seul échange, juste un regard, pour satisfaire sa curiosité. (suite…)

Exercice d'écriture propos/essai sur la violence

Propos sur la violence

5 mots imposés : enterré/frappé/absurdement/échange/protéger

Tout commence par un bref échange de regard. Ce genre de détail infime parmi le chaos grandiloquent qui reste gravé à tout jamais. Bravant les cris et les agitations grotesques d’un troupeau aviné, deux globes s’illuminent, incandescents de rage. Si quelconque âme subsiste au sein de cette enveloppe corporelle, plus noire qu’une nuit en deuil de ses astres, elle se nourrit d’une haine insatiable. Des pupilles frappées de sang, déterminées à annihiler toute forme de vie, qui ne clignent à aucun moment de peur de perdre de vue l’objectif funeste. Seuls maîtres à bord de ce navire de guerre, les yeux guident un corps qui se déshumanise.

À mi-chemin entre l’animal et la machine, le sang froid est admirable.

Les mouvements semblent chorégraphiés tant ils s’exécutent avec grâce et évidence.
La fluidité, peu importe le contexte, élève chaque situation au rang de performance.
Qu’il s’agisse d’une ballerine glissant sur les notes délicieuses, mais parfois abruptes d’une Nocturne de Chopin, un avocat dont l’éloquence naturelle déroule un plaidoyer à la clarté incontestable ou un mécanicien qui multiplie les gestes et les actions en sifflotant l’air guilleret émanant d’un vieux transistor. Les automatismes sont d’une beauté plaisante à observer. La quête ultime de tout individu est ainsi d’obtenir une forme d’élégance dans ses exécutions. La fluidité du naturel dans nos gestes et nos paroles nous est propre et ne peut se travestir. (suite…)