Reportage gilles et john

Gilles & John

5 mots imposés : banque/hélicoptère/ange/grille/gigantesque.

Pareils à de prodigieux arpèges entonnés avec fougue, les pales de l’hélicoptère se devinent dans l’atmosphère brumeuse. Des bourrasques de notes, maintenues fébrilement par une rigueur admirable. Les émanations délétères guident l’engin et John, son pilote, vers un gigantesque marasme. Bien qu’essoufflés, les évènements perdurent chaque semaine.

Ces rendez-vous mélancoliques d’une communauté inaudible, prônant les couleurs criardes et le brouhaha général pour harasser les têtes pleines d’ambition et de puissance.
Paralyser les corps pour raviver la réflexion, s’extirper d’un quotidien morne pour un acte concret, secouer l’ordre et la bienséance, renouer avec sa bestialité dans une société castratrice ou simplement défouler son jeune être sans repère ni avenir. Il est 17h passé lorsque du haut de son habitacle, John glane de son regard condescendant l’état d’excitation des cons et des sans-dents amassés. Afféré sur la place principale, il ne reste que le haut du panier. Il s’abstient d’illuminer la foule par l’épais jet de lumière que détient son arme à hélice. Il attendra que la journée se meurt complètement, emportant dans un dernier râle les espoirs de ces anges déchus.

Dans une chorégraphie fluide et spontanée, chaque protagoniste exécute sa part. Les relents poivrés donnent le départ. Les uns courent, les autres font face, les irréductibles commerçants abaissent les grilles avec renoncement et lassitude. Certains se découvrent des sursauts d’héroïsme alors que la couardise s’abat magistralement sur les beaux parleurs. À défaut d’être unis par une seule et même revendication claire, ils sont reconnaissables au rimmel amer qu’expulsent leurs yeux rouges et bouffis. John observe d’en haut, tantôt amusé, tantôt désolé, le spectacle affligeant donné en pâture à sa délicate rétine. La nuit serpente entre les immeubles cossus du centre-ville et enveloppe rapidement les dernières miettes de révolte. Un jet de lumière cisaille le ciel pour venir accabler les ultimes insurgés. Tel un lourd doigt inquisiteur promettant un avenir encore plus sombre à celui qui croisera son chemin. L’extension incandescente de John le place en despote du soulèvement populaire.

Seulement voilà, en caressant le sol ravagé par les piétinements incessants et disparates de la journée, le faisceau s’immobilise et laisse apparaître un attroupement singulier. Une foule aux yeux humidifiés par l’émotion, du gaillard droit dans ses bottes à la ménagère bienveillante, tous liés par la même sensibilité. Un corps inerte scintille dans ce décor en friche, entre deux enseignes de banque malmenées, son aura frappe John de plein fouet, lui faisant réaliser un écart spasmodique avec son joystick. Que s’est-il passé ? Comment a-t-il pu manquer les causes d’une telle tragédie ? Niché dans sa carlingue, il ne peut détourner son regard. Dans un murmure il formule par des mots la naïveté de son questionnement : « Mais qu’est-il arrivé à cette femme ? »
Pris d’un accès de folie, le voilà qui amorce un atterrissage en catastrophe au milieu des fumigènes et des dernières scènes de liesse. Totalement hagard et désorienté, John s’extirpe de l’hélicoptère. Arrivé aux abords il distingue un carton doté d’une note succincte en guise d’épitaphe :

Ci-gît : Gilles.

L.P

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