Blog Littérature : nouvelles, poémes, histoires courtes et jeux d’écriture

Le blog de littérature CYNIQUETAMERE est avant tout un lieu d’expérimentations littéraires : poésie, nouvelle, jeux d’écriture, etc. L’idée étant de s’imposer une rigueur et une fréquence de publication afin de peaufiner sans cesse notre style d’écriture et de narration.

Mante religieuse, partie 2.

giphy

Lien vers la première partie (sinon tu comprendras rien): Partie 1

 

Standard se préparait pour le diner. Il décida de s’y rendre sobre. Si d’ordinaire il ne rechignait que rarement aux vertus de l’alcool, cette fois-ci, il ne fallait pas prendre le risque de vomir. Il brossa soigneusement les cheveux restés fidèles à son crane, puis ses dents, et il empoigna son vélo. Le restaurant se trouvait dans un quartier éloigné, qu’il ne fréquentait jamais. Il adopta un rythme modéré pour ne pas dégouliner de sueur devant sa nouvelle amie. Mais l’été n’était pas clément avec les pauvres bougres de son espèce. Le soleil tabassait jusque tard et la fraicheur se faisait douloureusement attendre.

Il arriva à l’heure convenue, et cacha son vélo derrière des poubelles. Un peu plus loin, il s’arrêta devant une vitrine de magasin pour qu’il puisse étudier son allure, et s’apprêta tranquillement comme s’il était dans sa chambre. Il remonta son pantalon qui avait fait le chemin inverse pendant le périple à bicyclette. Une fois ses écueils vestimentaires surmontés, notre héros se dirigea vers le restaurant d’un pas excessivement rapide pour ses petites jambes. Il était prêt à voir sa belle. Pas question de perdre une seconde de plus.

« Bonsoir, Monsieur. C’est pour une personne? »

« Non, non, j’attends quelqu’un. Peut-être est-elle arrivée ? Avez-vous vu une femme plutôt verte ? » (suite…)

Sonnet-poeme-matin

Le matin

Blanche est la nuit, lourd est le jour
Je ne trouve de repos que dans tes bras de velours
De cette prison de plume, je veux être bagnard
Travaillant de force, près de toi chaque soir

Blanche est la nuit, lourd est le jour
Je voudrais demeurer en ces bras pour toujours
Qu’ils m’enlacent jusqu’à ne former qu’un seul être
Loin des maux que le sort s’évertue à commettre

Blanche est la nuit, lourd est le jour
Voici déjà la fin de mon céleste séjour
Le soleil éclaire de son regard naissant

Et vient submerger la couche des jeunes amants
Cette féroce clarté annonce le temps des adieux
Oh ! Phoebus, garde donc tes reflets victorieux

François Lillart

Chill-california-cadillac

Lignes vertigineuses

Tout est plat. Une couche de ligne apaisante au premier abord mais les teintes couplées à quelques détails dévoilent une vérité toute autre. Un laurier rose en pleine floraison tente non sans peine de masquer cette triste scène. Les morceaux de pétales étalés sur un court de tennis bleu azur laissent à penser que la rosée vient d’accomplir son travail journalier. Les lignes de jeu d’un blanc immaculé nous amènent vers la mer, vers l’horizon. Un fin trait de verdure posé sur le sable démarque l’eau de la terre.

Cependant, son absence de relief ne nous laisse pas dupe. Une folle nuit s’est achevée sur ce paysage idyllique. De nombreuses lignes blanches ont précédé celle du terrain et le rouge floral nous rappelle désormais l’hémoglobine plus que le début du printemps. La Cadillac scintille au beau milieu de ce désastre matinal et les palmiers s’abaissent de honte ou d’effroi. La berline décapotable est entièrement vide, délaissée par ses occupants. Ils n’ont pas abandonné la vue pour des ébats plus cloîtrés. De sombres histoires de jalousie et de substances illicites ont entraîné un corps depuis les dancefloors de Beverly Hills jusqu’à un coffre de voiture. Une dernière virée avant une lente descente vers les tréfonds du Pacifique.

L.P

Pastiche de Sand

1311240-George_Sand

Pastiche de Sand

Ma tendre amie, j’aimerais vous
avertir de ma détresse profonde. Ce
baiser sans la moindre pudeur
était fort déplacé. Il m’a marqué
vivement et pendant longtemps
cette image me restera à l’esprit.

J’espère que nous pourrons un jour
tout oublier, et autour d’un verre
nous voir, j’ai bien le droit à une
seconde chance, ma douce Burkina-
baise. Viens demain soir, je te ferais le
plat de ton choix, nous parlerons avec re-
cul, comme les grandes personnes.

ps: pour goûter à la substance romantique, ne lire qu’une phrase sur deux

F.L.

Plaisir estival d’un pervers aux yeux feutrés

Elles surgissent sans crier gare, voguant à présent sur le même trottoir.
Comme déposées là par une entité divine, leurs attributs ne sont en rien ostentatoires.
Nappées d’un tissu floral, subtil et délicat.
On devine avec enthousiasme, non sans frustration, l’oscillation rythmée et mélodieuse de la chair bombée.
Des arcs de cercles à la précision géométrique, malmenés par les turpitudes des rues du centre-ville.
Qui toujours se replacent, jamais ne s’affaissent, souvent m’amènent à de nouvelles adresses.
Derrière mes verres ombragés, pensant me cacher sous un anonymat à monture, je me délecte de ce spectacle frappé d’une gêne chronique.
Le temps est comme suspendu lorsqu’elles s’entre-chocs dans ce doux fracas inaudible et c’est avec un recule en rien objectif que je ne détecte aucune lacune.
Pardonnez mon intrusion déplacée dans votre univers lisse et montagneux.
Mon forfait s’il en est ne dépassera pas le cadre de mes fantasmes.
Il alimentera peut être quelques nuits humides délicieuses mains néanmoins incontrôlées.
Mon vice peut sembler abjecte, je le confesse.
Cependant, comment résister à ce binôme balloté, cette paire secouée, ce duo animé.
Mesdames, je ne peux que me prosterner devant la magnificence de vos fessiers.

L.P

Poeme-Oiseau-de-nuit-alexandrins

Les Matines

Les bras de Morphée ne sont pas assez épais
Voilà que je passe entre les mailles du filet
C’est à grand regret que je parviens à m’extirper
De votre étreinte si langoureuse et passionnée

Les oiseaux de nuit règnent en maîtres sur Paris
Pourtant leur travail reste à jamais incompris
Tapis dans l’ombre quand le soleil éclaire la vie
Ils se languissent de voir la prochaine accalmie

La peur du connu avorte les pensées clémentes
Une mise à nu cérébrale des plus angoissante
Pour une succession de maux psychiques redondante

Et on les laisse, las et blasé de leur détresse
Avinés, trop imbus pour se rendre à confesse
Évoquant sans cesse l’apanage de la jeunesse

L.P

Nouvelle-écriture-mante-religieuse

Mante religieuse, partie 1.

Standard était vautré sur le canapé en cuir.
Ils l’avaient trouvé dans la rue, et c’était un des rares meubles qui garnissait Le Fleurus. Il avait passé de longues nuits à éponger l’alcool qui coulait sans répit dans le bistrot. Tous les soûlards se rejoignaient après leur tapin quotidien pour dilapider leur paye et se rappeler qu’ils n’étaient pas seuls dans cette aventure au scénario peu réjouissant. Un afterwork pathétique, sans DJ pointus ni cocktails, ici c’était du vieux jazz et du Scotch à l’eau. Le Fleurus était la meilleure chose qui pouvait leur arriver. Peu importe s’il dévorait sans pudeur leur maigre salaire, il les rendait heureux. (suite…)

Nouvelle-Kate-Moss

Aurore P.2

Partie 1

« Fais moi l’amour, ce soir »
« Pas envie »
« Pourquoi tu ne me touches plus François. Cela fait des mois que nous n’avons rien fait »
« Je travaille tout le temps, je n’y suis pour rien. »
« Je ne te fais plus envie, c’est ça » dit-elle, vulnérable. François ne répondit rien.

Un sentiment de dégoût envahit Aurore. Minutes après minute, cette impression désagréable grandissait. Elle ne laissait rien paraître. Pendant quelques secondes, l’Aurore robuste d’autrefois réapparue. Elle jeta un regard à François, qui semblait amusé par la situation. Cette scène avait lieu régulièrement, avec le même scénario. A chaque fois, elle était trop faible pour confronter son bourreau, qui prenait plaisir à la tyranniser.

(suite…)

Aurore P.1

Aurore contemplait les photographies. Comme si elle voulait ne faire qu’un avec ses souvenirs. Elle en observait les moindres détails, étudiait chaque visage. Elle essayait de vivre chaque émotion, chaque histoire, une fois de plus.
Elle posa son doigt sur un des clichés et le laissa glisser le long des contours d’une jeune femme. (suite…)