Blog Littérature : nouvelles, poémes, histoires courtes et jeux d’écriture

Le blog de littérature CYNIQUETAMERE est avant tout un lieu d’expérimentations littéraires : poésie, nouvelle, jeux d’écriture, etc. L’idée étant de s’imposer une rigueur et une fréquence de publication afin de peaufiner sans cesse notre style d’écriture et de narration.

Les-Amarres

Les amarres

Alors que j’admirais les vastes écumes
Au bord des rivages froids et verts
L’âme plus lourde qu’une enclume
Transi dans le sable glacé de l’hiver

Quand soudain une créature splendide
Fendit les vagues et les embruns,
Érigeant un chemin jusqu’à mon cœur timide
Moquant la houle et les gouffres malins

Comme guidée par une entité divine
Elle progresse avec grâce et insouciance
Ses courbes partiellement voilées par une brume marine
Exaltent mon imagination et titillent mes sens

Je demeure pantois face à ce cadeau insolite
Tant de bonté réunie en une situation incongrue
La gratitude m’envahit, la méfiance me quitte
Aucunes tergiversations ne nourrira l’imprévu (suite…)

Voix-de-Rogomme

Rogomme

Je cours sans me mouvoir dans ce rêve récurrent
Où mon esprit s’égare par un but indolent
Renfrogné du soir, de l’obscurité qui ment
Ces nuages illusoires en sont presque indécents

Les pauses écourtées nourrissent la voix de rogomme
Et ma prose souffre de la banalité des hommes
Curieux de l’incurable et des passions qui chôment
Les journées sont bancales et l’ennui nous embaume

La couche des fêtards ou le levée des bambins
Leurs joues légèrement rosées par un doux matin
Plonge mon esprit amorphe dans un conflit malsain
Le lambin que je suis ne veut pas finir larbin

L.P

Francoise-Sagan

Françoise Quoirez

Elle a la jambe légère ne lui en voulait pas
Si elle alterne les bougres et les fils à papa
Ces haltérophiles ne font vraiment pas le poids
Face aux nombreux attraits de ce joli minois

Elle vole avec grâce de palaces en caboulots
Veillant à ne laisser ni plumes ni numéros
Ivre de vitesse, elle ne cesse de vivre trop
La modestie ne lui fera jamais défaut

Sa gangrène se partage avec Dostoïevski
Le joueur présent au chevet de sa folie
Une célébrité précoce rend vite démunie
L’horreur est humaine, elle décuple cette soif de vie

Je suis franc sois en sûr, j’affirme avec aplomb (suite…)

Aufhebung

Une route sinueuse au dessein bien hasardeux
Je m’engage avec la fougue d’une confiance soudaine
Un optimisme balbutiant pour ce jeu dangereux
Parant les vents contraires, j’atteins les premières plaines

Un massif montagneux s’érige dorénavant
Deux crêtes antinomiques que je dois écarter
Chaque geste est calculé pour permettre le suivant
Le chemin est parsemé de codes erronés

Une forêt voilée qui paraît impénétrable
L’humidité progresse, l’oxygène disparaît
Fraîchement élaguée pour la saison tropicale
Les fruits se gorgent de sucre, parés à imploser

L.P

raymond-devos

J’aimerais mon dieu vociférant

Tu joues avec les mots
Tu jongles avec les farces
Tu es rempli d’audace

Je t’envie l’éloquence
Et ta fameuse prestance
Qui traverse le temps

Tu prônes une vie de danse
Où l’absurde et l’esprit
Demeurent en concordance

Moquant les interdits
Frôlant souvent l’abstrait
Pourvu que les gens rient

Le but de tout artiste
Ces jeunes gens dérangés (suite…)

Sonnet-poeme-alexandrins

Qu’un au revoir

Une auréole brumeuse plane par dessus nos têtes
On néglige naïvement sa présence quelque fois
De longues discussions la rendent presque désuète
Elle n’a de cesse de nous guetter comme une proie

Un microclimat constant des plus oppressants
On voudrait que perdure cette bulle hors du temps
Fusionner nos corps dans ce présent permanent
Mais au prochain virage le destin nous attend

Il n’est jamais nécessaire d’en arriver la
Mener une vie terne semble devenir un exploit (suite…)

Mante religieuse, partie 2.

giphy

Lien vers la première partie (sinon tu comprendras rien): Partie 1

 

Standard se préparait pour le diner. Il décida de s’y rendre sobre. Si d’ordinaire il ne rechignait que rarement aux vertus de l’alcool, cette fois-ci, il ne fallait pas prendre le risque de vomir. Il brossa soigneusement les cheveux restés fidèles à son crane, puis ses dents, et il empoigna son vélo. Le restaurant se trouvait dans un quartier éloigné, qu’il ne fréquentait jamais. Il adopta un rythme modéré pour ne pas dégouliner de sueur devant sa nouvelle amie. Mais l’été n’était pas clément avec les pauvres bougres de son espèce. Le soleil tabassait jusque tard et la fraicheur se faisait douloureusement attendre.

Il arriva à l’heure convenue, et cacha son vélo derrière des poubelles. Un peu plus loin, il s’arrêta devant une vitrine de magasin pour qu’il puisse étudier son allure, et s’apprêta tranquillement comme s’il était dans sa chambre. Il remonta son pantalon qui avait fait le chemin inverse pendant le périple à bicyclette. Une fois ses écueils vestimentaires surmontés, notre héros se dirigea vers le restaurant d’un pas excessivement rapide pour ses petites jambes. Il était prêt à voir sa belle. Pas question de perdre une seconde de plus.

« Bonsoir, Monsieur. C’est pour une personne? »

« Non, non, j’attends quelqu’un. Peut-être est-elle arrivée ? Avez-vous vu une femme plutôt verte ? » (suite…)

Sonnet-poeme-matin

Le matin

Blanche est la nuit, lourd est le jour
Je ne trouve de repos que dans tes bras de velours
De cette prison de plume, je veux être bagnard
Travaillant de force, près de toi chaque soir

Blanche est la nuit, lourd est le jour
Je voudrais demeurer en ces bras pour toujours
Qu’ils m’enlacent jusqu’à ne former qu’un seul être
Loin des maux que le sort s’évertue à commettre

Blanche est la nuit, lourd est le jour
Voici déjà la fin de mon céleste séjour
Le soleil éclaire de son regard naissant

Et vient submerger la couche des jeunes amants
Cette féroce clarté annonce le temps des adieux
Oh ! Phoebus, garde donc tes reflets victorieux

François Lillart

Chill-california-cadillac

Lignes vertigineuses

Tout est plat. Une couche de ligne apaisante au premier abord mais les teintes couplées à quelques détails dévoilent une vérité toute autre. Un laurier rose en pleine floraison tente non sans peine de masquer cette triste scène. Les morceaux de pétales étalés sur un court de tennis bleu azur laissent à penser que la rosée vient d’accomplir son travail journalier. Les lignes de jeu d’un blanc immaculé nous amènent vers la mer, vers l’horizon. Un fin trait de verdure posé sur le sable démarque l’eau de la terre.

Cependant, son absence de relief ne nous laisse pas dupe. Une folle nuit s’est achevée sur ce paysage idyllique. De nombreuses lignes blanches ont précédé celle du terrain et le rouge floral nous rappelle désormais l’hémoglobine plus que le début du printemps. La Cadillac scintille au beau milieu de ce désastre matinal et les palmiers s’abaissent de honte ou d’effroi. La berline décapotable est entièrement vide, délaissée par ses occupants. Ils n’ont pas abandonné la vue pour des ébats plus cloîtrés. De sombres histoires de jalousie et de substances illicites ont entraîné un corps depuis les dancefloors de Beverly Hills jusqu’à un coffre de voiture. Une dernière virée avant une lente descente vers les tréfonds du Pacifique.

L.P

Pastiche de Sand

1311240-George_Sand

Pastiche de Sand

Ma tendre amie, j’aimerais vous
avertir de ma détresse profonde. Ce
baiser sans la moindre pudeur
était fort déplacé. Il m’a marqué
vivement et pendant longtemps
cette image me restera à l’esprit.

J’espère que nous pourrons un jour
tout oublier, et autour d’un verre
nous voir, j’ai bien le droit à une
seconde chance, ma douce Burkina-
baise. Viens demain soir, je te ferais le
plat de ton choix, nous parlerons avec re-
cul, comme les grandes personnes.

ps: pour goûter à la substance romantique, ne lire qu’une phrase sur deux

F.L.