Blog Littérature : nouvelles, poémes, histoires courtes et jeux d’écriture

Le blog de littérature CYNIQUETAMERE est avant tout un lieu d’expérimentations littéraires : poésie, nouvelle, jeux d’écriture, etc. L’idée étant de s’imposer une rigueur et une fréquence de publication afin de peaufiner sans cesse notre style d’écriture et de narration.

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La vieille dame qui repeignait le moulin

Voilà près de vingt ans que le moulin ne tournait plus. Jadis symbole de la prospérité du village d’Odeceixe, il surplombait le hameau avec bienveillance et fierté.

Les maisonnettes aux teintes pastel peuplaient ce dôme insolite. Des ornements guillerets jonchant l’unique route en béton qui menait au sommet, et au moulin endeuillé. Autrefois bariolé d’un blanc crépi et d’une ceinture aux touches bleutées comme l’azur, il trônait telle la croix protectrice de certains villages pieux.

La farine et l’eau, synonyme de pain ; synonyme de vie et d’une sérénité timide. La mise en route des pales chaque matin, balayait les malheurs de la veille avec la promesse de journées lumineuses, faites de travail et de chants à la gloire de ce chasseur de famine. Ainsi, le vent venait lécher les habitants encore vaporeux dans leur couche et raviver doucement leur flamme, leur vigueur.

Aujourd’hui la vieille dame entame une énième ascension de la route bétonnée. Un chemin malmené par les années, criblé de trous rebouchés par quelques bonnes âmes ; à la manière d’un patchwork grisonnant et increvable.
C’est une matinée déjà étouffante. Il n’est pas loin de onze heures et elle piétine sans broncher sur la route du moulin.
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Nouvelle : Confluence

Tout est arrivé si vite. Elle l’aperçut dès son entrée dans la ville. Il déambulait majestueusement le long d’un immense parc arboré. Elle sut immédiatement qu’elle devait le rejoindre.

Je menais une vie paisible jusqu’à présent. J’ai quitté mes parents et ma bourgade de montagne pour me jeter dans le grand bain comme on dit. Seulement, j’ai tendance à me faire happer par mes passions. Elles se déclarent soudainement telle une myriade de tourbillons indisciplinés. Leur attractivité est bien trop forte pour que j’y résiste. J’entends encore ma mère qui s’évertue à me dire : « Sonia, ne te laisse pas submerger de la sorte. Apprends à contrôler tes émotions et ton impulsivité ».
Je me suis efforcé de contenir mes pulsions tout au long de ma jeune vie, de ne pas faire trop de vagues, mais cette fois-ci cela semble différent.
À la vu de cet adonis, j’ai senti comme des remous aux confins de mon être. Cela ne m’était jamais arrivé auparavant. Ce fut bref. J’ai tout de même pu distinguer ses larges épaules, sa posture imposante. Solidement ancré, il voguait avec détermination, non sans une forme de grâce.

Je donnerai tout pour connaître sa destination, son but qui paraît si crucial. Moi je n’ai pas vraiment de projet. Je viens de débarquer dans cette nouvelle ville, mais je ne prends pas le temps d’observer les alentours. Je n’ai que faire de ces jolies rues pavées, de ces maisons anciennes et bigarrées qui jalonnent les quais. Ni même cette espèce de colline surplombée d’une sublime basilique. À présent, ma seule volonté et de rejoindre cet homme, il se dirigeait vers le sud.

À quelques pas de là… (suite…)

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Pensée portugaise #1 : Introduction

« Naviguer est nécessaire, vivre ne l’est pas » – Fernando Pessoa

Car si vivre consiste à subir les tumultes, à quoi bon s’infliger les réveils quotidiens ?
Voguer permet des avancées fluides sans pour autant s’agiter. Dériver nous mène avec légèreté vers des lieux insoupçonnés. Je ferme les yeux et les lignes ondulées se succèdent, similaires, néanmoins toutes singulières. Le sel infiltre mes pores puis s’associe au soleil pour briller sournoisement mon épiderme si pâle. Il me fait comprendre que je n’ai pas ma place sur cette surface humide et les éléments qui se déchaînent ne cessent d’appuyer son propos. Mais une brève halte hors du plancher des bovins ravive les sens en bousculant les certitudes. Vulnérable cloporte à l’échelle de cette immensité, qui oublie de s’étonner de son improbable existence. Sur un vieux tronc d’arbre ou à bord de majestueuses galères, le phénomène de flottaison nous berce d’histoires à s’approprier, de contrées à explorer et d’âmes à côtoyer. Le mouvement prime la destination. L’immobilisme est préjudiciable. Tenter d’attirer à soi les remous du large est lâche, la gratification inexistante.
Immerge ta souche et chevauche-la, pense à ce que tu cherches sans trop l’idéaliser. N’oublie pas le chemin inverse vers le port d’attache, car partir n’est pas une fuite, mais une quête pour mieux revenir.

L.P

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Nouvelle : L’accoutumé

Temps de lecture : 3/4 min.

I.

Chaque soir, il se dirige vers son lit d’un pas lent, redoutant ce passage obligé qui vient ponctuer une journée qui ne fut pas assez productive à son goût. Enfant, l’abandon aux bras de Morphée lui était des plus difficile. Il n’aimait pas perdre le contrôle. Penser aux huit longues heures durant lesquelles il serait inconscient, livré aux songes et à un univers si abstrait lui donnait le tournis. Nul sentiment d’inachevé ou de temps gâché à l’époque, seulement la peur de ce qui pourrait advenir pendant cette pause hors de la vie, ce suspend d’appartenance au monde et la crainte de ne jamais se réveiller.

L’appréhension du coucher s’est peu à peu changée en contrainte du repos. S’astreindre au sommeil pour ne pas en subir les conséquences à la naissance du jour suivant. Pouvoir tenir une journée de plus parmi ses semblables et trouver l’énergie nécessaire pour assurer les obligations qui jalonnent le quotidien.
Seulement, lorsque les lumières s’estompent, que la pénombre enveloppe les corps engourdis et que la conscience s’évapore, la sienne demeure quelque peu. Un léger sursis qu’il essaie tant bien que mal de dissiper. (suite…)

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La somme due

Lorsque l’on boite, on se remémore les plaisirs simples d’une balade en bordure de quai, la voûte foulant fièrement le pavé dans une démarche naturelle, le corps en parfaite autonomie, alternant les mouvements dans une chorégraphie maîtrisée.
Lorsque l’on souffre, d’une maladie bénigne ou d’un mal plus grand, il nous arrive d’envier les jeunes actifs emplis de vie, de maudire leurs mines rayonnantes et de leur souhaiter les pires atrocités dans un excès d’orgueil incontrôlé.
Lorsque l’on meurt, on aimerait que tout s’arrête avec soi. Que les rues s’éteignent, que les êtres déposent le bilan et deviennent poussière. Un pot de départ sous le signe de l’égoïsme donc. Ou alors, sur le rassemblement utopique des âmes qui, dans leurs derniers instants, s’effritent et se mélangent pour former un seul et unique amas. Un tas de cendres universel et tolérant.

Je sens que c’est bientôt mon tour. (suite…)

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D’un coup, deux dimensions (Partie 3,4&5)

Partie 1&2 –> https://cyniquetamere.com/2018/10/17/dun-coup-deux-dimensions-partie-12/

 

III

Il se réveille difficilement. Les yeux enfoncés dans leurs orbites. Les va-et-vient successifs opérés par ses paumes parviendront non sans peine à dissiper l’écran flou, qui persiste à retarder l’éveil des sens. Peu à peu, la netteté se fraye un chemin et les idées commencent à s’organiser.
Les dernières bribes d’images se résument à un grand flash accompagné d’un bruit assourdissant, à vous exploser les tympans.

Or, Ben, dans sa phase de convalescence lente et chétive, semble distinguer le bruit des vagues, le doux fracas lorsqu’elles viennent périr sur le sable. Une attaque vaine et incessante contre une structure moléculaire différente, une suite de suicides inexplicable du liquide tumultueux sur le solide passif que constituent ces milliers de grains agencés en tas.

Ben sort enfin de son état latent. Mise à part une fatigue intense, il ne ressent aucune douleur.
À présent assis sur le lit, il constate qu’il est entièrement nu. Balayant la chambre cosy dans laquelle il se trouve, il repère une chemise appartenant à sa garde-robe. Les souvenirs le percutent soudainement sous forme de flashes clairs et violents.
Une nausée accompagnant une insomnie indomptable, de la drogue dure absorbée à jeun, les mains qui tremblent, un lieu bondé, une foule qui se hâte, la surprise puis l’effroi sur leurs visages. (suite…)

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Le Bossu De Notre Rame (Partie 3&4)

III

 

Prévenue par un appel de l’assistant personnel d’Idris, l’inspectrice Aubry débarque dans l’appartement. Idris n’est pas rentré à l’issue de sa journée de travail. Or, les radars de la police détectent bien le signal de sa puce émetteur à cette adresse. Cela fait des décennies que la véracité des robots assistants prime sur celle des hommes. Leur haut degré de technologie couplé à un programme interne d’impartialité à la sécurité infaillible en fait des alliés de choix.

En étudiant les lieux, l’inspectrice est quelque peu décontenancée par le désordre qui règne dans l’habitation, au vu de la réputation plutôt cossue de ce quartier résidentiel.

« Monsieur Allard parlait très peu, il passait le plus clair de son temps dans son atelier » énonça le robot en sentant la réflexion s’intensifier chez l’agente.

Sur les indications de l’assistant, elle parcourt la cuisine, le salon, puis longeant le couloir donnant sur la chambre à coucher et la salle de bain, elle parvient à une petite pièce. (suite…)

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5 mots : La Coupe Est Pleine

Cerne/Cigale/Arc/Va-nu-pieds/Irréel

Un ciel opaque galvanisant les passions,
D’une foule cernée par l’incompréhension,
Les cigales feignent une extinction de voix,
Rebus de la nation face aux chiens qui aboient.

Tel un arc bandé par l’amas de frustration,
La pénombre naissante projette ses pions,
Des va-nu-pieds en quête de dramaturgie,
Pour que l’irréel se confonde avec la vie.

Trop d’excès concentrés sur cette cime si friable, (suite…)

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D’un coup, deux dimensions (Partie 1&2)

I

 

Benjamin a toujours été un éternel indécis. Il tient sans doute cela de son grand-père, un homme imposant par sa taille, mais d’une timidité foudroyante. Incapable de la moindre initiative. Son inconfort permanent était maladif, il apparut très tôt pour ensuite le suivre et l’handicaper toute sa vie. Très vite, il fit l’acquisition d’un dé porte-bonheur, qu’il ne manquait pas de lancer avant chaque prise de décision importante. Plus le chiffre obtenu était élevé, plus la situation était critique et devait provoquer sa fuite ou son refus. Le fameux dé, griffé par l’usage du temps, aux rainures rongées, quasi plates, ne quitte jamais les poches de Benjamin. Ce précieux héritage, le seul qu’il reçut de son aïeul, accompagna l’adolescence difficile et les fréquentations tumultueuses d’un garçon triste et terriblement influençable.

Les parents ont vite observé une perte d’éclat dans le regard de leur Benji adoré. (suite…)

Poeme Le Mari De Jeanne weed

5 mots : Le Mari de Jeanne

stupéfaction/diplomatique/souffle/illégal/existant

Esquinté par une routine harassante, il reprend son souffle puis s’éparpille,
Ses pensées voguent ici et là, pareilles aux particules de cendres,
Bousculées par une brise, frêle et sénile,
Comment font les êtres existants pour demeurer si tendres ?

Malgré la conscience que la vie s’effrite en ce monde déroutant,
Sa femme approche et s‘effeuille délicatement,
Il constate avec stupéfaction une peau blanche immaculée,
Cela fait depuis juin dernier qu’il n’y avait point touché. (suite…)