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Nouvelle : Confluence

Tout est arrivé si vite. Elle l’aperçut dès son entrée dans la ville. Il déambulait majestueusement le long d’un immense parc arboré. Elle sut immédiatement qu’elle devait le rejoindre.

Je menais une vie paisible jusqu’à présent. J’ai quitté mes parents et ma bourgade de montagne pour me jeter dans le grand bain comme on dit. Seulement, j’ai tendance à me faire happer par mes passions. Elles se déclarent soudainement telle une myriade de tourbillons indisciplinés. Leur attractivité est bien trop forte pour que j’y résiste. J’entends encore ma mère qui s’évertue à me dire : « Sonia, ne te laisse pas submerger de la sorte. Apprends à contrôler tes émotions et ton impulsivité ».
Je me suis efforcé de contenir mes pulsions tout au long de ma jeune vie, de ne pas faire trop de vagues, mais cette fois-ci cela semble différent.
À la vu de cet adonis, j’ai senti comme des remous aux confins de mon être. Cela ne m’était jamais arrivé auparavant. Ce fut bref. J’ai tout de même pu distinguer ses larges épaules, sa posture imposante. Solidement ancré, il voguait avec détermination, non sans une forme de grâce.

Je donnerai tout pour connaître sa destination, son but qui paraît si crucial. Moi je n’ai pas vraiment de projet. Je viens de débarquer dans cette nouvelle ville, mais je ne prends pas le temps d’observer les alentours. Je n’ai que faire de ces jolies rues pavées, de ces maisons anciennes et bigarrées qui jalonnent les quais. Ni même cette espèce de colline surplombée d’une sublime basilique. À présent, ma seule volonté et de rejoindre cet homme, il se dirigeait vers le sud.

À quelques pas de là…

Cela fait des jours que je sillonne la France, je sens que je fatigue. J’ai bien failli m’arrêter au niveau de ce parc tout à l’heure. Comme une envie d’abandonner ce voyage éreintant. J’ai cru apercevoir du coin de l’œil une jeune femme à la beauté saisissante. Voilà que mon esprit me joue des tours. Il s’agit sans doute d’une de ces hallucinations qui surviennent en cas de surmenage.

Tout de même, je n’arrive pas à ôter cette vision de mes pensées. Ces courbes fluides qui ondulaient divinement au loin. Pareil à des striures délicates, des ornements précieux qui se mariaient habilement au charme de la ville. Cette fougue, cette énergie débordante aimanta instantanément mon corps puis mon âme tout entière. On dirait le dernier élément du puzzle, le second souffle nécessaire pour atteindre mes objectifs. J’ai l’intime conviction que l’on pourrait faire de grandes choses ensemble. L’enthousiasme de cette ingénue s’écoule déjà dans mes bras.

L’environnement est parsemé d’obstacles, tous ces immeubles, ces artères et cette foule m’ont fait perdre sa trace. Pourquoi je m’obstine ? Quand bien même cette créature existait, jamais elle ne s’intéresserait à moi.
J’ai toujours laissé faire le cours de la vie. Glissant à sa surface sans trop prendre de recul. J’envie les êtres créatifs, les sportifs passionnés, ceux qui ne craignent pas de s’aventurer hors du cadre ni de se surpasser. Ils sortent de leur lit avec vigueur, prêt à engloutir le monde de tout ce qu’il a à offrir. Je n’ai jamais eu le cran d’en faire de même. Je suis la direction indiquée sans trop savoir pourquoi. J’aimerais bifurquer, m’écarter de la norme, faire partie de ceux qui osent. Être à contre-courant en somme.
C’est décidé. Si je la recroise, j’irai lui parler.

Sonia, pleine de conviction et d’audace, se dirigea subitement en direction du sud.

Sonia concentre toi, tu vas bien finir par le retrouver. Il faut que tu t’arranges pour longer les quais de la vieille ville jusqu’à ce qu’une brèche apparaisse pour atteindre l’autre rive.

Elle débordait d’émotion et peinait à se contenir lorsqu’au loin la silhouette de son fugitif surgit entre deux immeubles tel un flash. Aveuglée par l’amour, elle se mit à l’interpeller.

« Hey ! Où allez-vous ? »

« Mais vous avez l’air fatigué. J’avoue que moi aussi, je vous cours après depuis un moment ! »

« Hey, arrêtez-vous ! »

De l’autre côté, des bruits lointains percutaient les murs. Quelques bribes sonores sont venues s’échouer dans son oreille.

« Je dois vraiment être fou, j’ai comme l’impression qu’une voix m’appelle. Une voix féminine qui plus est. Mais je ne rêve pas, c’est la jeune femme de tout à l’heure ! »

« Est-ce que vous m’entendez ? » tenta à nouveau Sonia.

« Euh, c’est à moi que vous vous adressez  ?» cria-t-il à son tour, non sans gêne.

« Absolument ! Je vous cherchais partout, nous nous sommes croisés plus haut vers le parc. Puis-je connaître votre nom ? »

« Oui oui bien sûr, je suis Aaron. »

Ce nom eut l’effet d’un tsunami dans le cœur de Sonia. Elle crut défaillir.
Elle reprit néanmoins ses esprits, bien décidée à trouver le moyen de se rapprocher.

« Cela va vous paraître fou, mais je ressens le besoin vital de vous rejoindre » risqua Sonia.

Aaron se sentit bouillir. « J’en serai ravi ! » s’écria-t-il avec une vivacité insoupçonnée.

Il renchérit. « Suivez-moi. Vous voyez ce bâtiment étrange droit devant ? Il indique l’extrémité de la presqu’île ».

Sonia leva la tête et distingua effectivement une imposante construction futuriste, pareil à un engin venu des astres.

Les deux âmes intensifièrent le débit de leur course pour atteindre cette destination pleine de promesses. Ils filaient côte à côte à toute vitesse, serpentant avec une adresse saisissante. Leurs visages oscillaient entre une profonde concentration envers leur but commun et de brefs regards complices pour nourrir leur ardeur. Plus que quelques mètres et ils seront réunis. 

Une fois arrivée, Sonia se jeta sur Aaron et déversa un flot d’affection inédit pour le gaillard. Celui-ci, hébété, nageait dans un bonheur soudain et immense. Un vif état de béatitude qui le frappa avec force. Ils demeurèrent ainsi un long moment, unis et silencieux aux portes sud de Lyon. Dans le quartier que l’on nomme la Confluence.

« Que fait-on maintenant ? Où allais-tu avec tant de détermination avant notre rencontre  ? » questionna Sonia.

« Vers la mer Méditerranée. Allons-y ensemble, je suis sûr que cela te plaira ».

Main dans la main, ils laissèrent leurs cœurs dériver lentement. Tels deux fleuves dont les eaux mélangées ne font plus qu’un.

Léon Plagnol

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