Nouvelle concours littérature

D’un coup, deux dimensions (Partie 1&2)

I

 

Benjamin a toujours été un éternel indécis. Il tient sans doute cela de son grand-père, un homme imposant par sa taille, mais d’une timidité foudroyante. Incapable de la moindre initiative. Son inconfort permanent était maladif, il apparut très tôt pour ensuite le suivre et l’handicaper toute sa vie. Très vite, il fit l’acquisition d’un dé porte-bonheur, qu’il ne manquait pas de lancer avant chaque prise de décision importante. Plus le chiffre obtenu était élevé, plus la situation était critique et devait provoquer sa fuite ou son refus. Le fameux dé, griffé par l’usage du temps, aux rainures rongées, quasi plates, ne quitte jamais les poches de Benjamin. Ce précieux héritage, le seul qu’il reçut de son aïeul, accompagna l’adolescence difficile et les fréquentations tumultueuses d’un garçon triste et terriblement influençable.

Les parents ont vite observé une perte d’éclat dans le regard de leur Benji adoré. On le crût en avance sur son âge, souvent muet et en retrait car ne se sentant pas à sa place parmi ses camarades. On se dit qu’il avait déjà entamé la fameuse crise d’adolescence, ce terme fourre-tout excusant toutes les attitudes et rassurant les familles à court de solutions.

Seulement voilà, la situation de Benji ne fit qu’empirer. Ses apparitions au sein du cocon familial furent de plus en plus rares, il restait cloîtré dans sa chambre, les yeux rivés sur l’écran de son ordinateur.
Puis à 18 ans, il se volatilisa sans annonce, sans note, sans rien.

 

II

 

L’évènement aura lieu dans trois jours. L’objet de cette ultime rencontre est de peaufiner les derniers éléments. Retracer chaque étape et vérifier la concordance de chaque action, de chaque rôle. C’est également l’heure de désigner celui dont le nom sera associé à cet acte, celui qui marquera l’histoire par son sacrifice. Chacun des trois participants mérite tel honneur, par un lourd travail et une entière dévotion depuis des mois. Le choix se doit d’être incontestable, remis entre les mains du destin. Il s’agit sans nul doute de la décision la plus importante de la vie de Ben.

« Je vous propose d’utiliser ce dé », s’écria-t-il avec aplomb malgré sa voix légèrement chevrotante.

Les autres, intrigués, le regardèrent avec insistance.

« Nous allons lancer tour à tour ce dé, celui obtenant le chiffre le plus faible sera désigné comme l’élu ».

Après un moment d’hésitation, un homme approcha de Ben, prit le dé et déclama.

« Soit, nous allons utiliser ce dé, mais c’est le chiffre le plus élevé qui nommera le vainqueur ».

Quelque peu décontenancé, Ben observa le premier homme lâcher le cube à ses pieds.
Après quelques agitations sur le sol bétonné, le dé s’immobilisa. L’homme s’accroupit et annonça le chiffre 3. Le deuxième fit de même et obtint le même chiffre, 3. Le premier homme tendit le dé à Ben.

« Tout repose sur toi désormais »

Il se saisit du dé, un léger frisson le parcourut puis il le lâcha à l’aveugle, sans pouvoir suivre sa course des yeux.
Les visages et les cris de ses congénères lui parvinrent assez vite. Il découvrit au sol le dé stoïque, présentant le chiffre 6.

à suivre…

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