Concours nouvelle écriture

Le Bossu De Notre Rame (Partie 3&4)

III

 

Prévenue par un appel de l’assistant personnel d’Idris, l’inspectrice Aubry débarque dans l’appartement. Idris n’est pas rentré à l’issue de sa journée de travail. Or, les radars de la police détectent bien le signal de sa puce émetteur à cette adresse. Cela fait des décennies que la véracité des robots assistants prime sur celle des hommes. Leur haut degré de technologie couplé à un programme interne d’impartialité à la sécurité infaillible en fait des alliés de choix.

En étudiant les lieux, l’inspectrice est quelque peu décontenancée par le désordre qui règne dans l’habitation, au vu de la réputation plutôt cossue de ce quartier résidentiel.

« Monsieur Allard parlait très peu, il passait le plus clair de son temps dans son atelier » énonça le robot en sentant la réflexion s’intensifier chez l’agente.

Sur les indications de l’assistant, elle parcourt la cuisine, le salon, puis longeant le couloir donnant sur la chambre à coucher et la salle de bain, elle parvient à une petite pièce.

L’atelier d’Idris est parfaitement rangé, ne demeure sur l’établi qu’une ancienne feuille et ce qui s’apparente à un stylet organique. Sur le papier détérioré par les marques du temps et une conservation douloureuse au sein d’une époque peu propice à ce type de matériau, on distingue une écriture manuelle :

« Je ne puis me résoudre à demeurer au sein de ce monde perverti par la technologie. Les circuits imprimés ont remplacé nos âmes et je crains avoir contribué au déclin de l’humanité par mon travail d’ingénieur. Aussi, je quitte cette terre sans notifications immatérielles, mais par ce mot dactylographié pour symboliser mon profond dégoût envers notre soif démesurée de modernité. J’ai été aveuglé durant de nombreuses années, pris dans une routine et une quête d’innovation permanente. Les erreurs du passé ne nous ont rien enseigné, attisant au contraire les braises de notre stupidité. Des investissements colossaux dans la défense et la sécurité en dépit de l’accroissement des inégalités. La séparation entre le réel et le surfait ne tient plus qu’à une infime membrane, un dernier rempart chétif avant la combustion de nos consciences organiques. Il est désormais trop tard pour revenir en arrière. Je désire faire don de la totalité des crédits de mon cybercompte à la société de préservation des tribus ancestrales. L’intégralité des droits sur les brevets que j’ai déposés durant ma carrière au sein de Smart Corp sera versée à cette même entité. »

PS : À toi qui lis ce message, véritable ange de la mort par ton autorité exacerbée, sache qu’un bouleversement est en cours. Un plan certain, pour un retour en arrière inévitable, mais un bond en avant considérable selon la perspective.

I.A

 

Aux côtés de la feuille froissée, Idris a laissé son crayon patiné par le temps. Un misérable bout de bois parvenu au terme de sa vie et dont la mine peine désormais à se frayer un chemin au-dehors. À l’extrême opposé de cette note funeste, la puce électronique personnelle reliant chaque individu au grand ordinateur central. Elle régit le quotidien de l’ensemble des habitants de la société, utilisant le Big Data pour alimenter son gigantesque algorithme, elle connaît les particularités de son humain et le guide dans la totalité de ses choix. On dit qu’il est impossible de la retirer et mortel de tenter un acte aussi insensé. Implantée au niveau du bras dès la naissance, elle est directement reliée au système immunitaire pour anéantir toute forme de virus.

Néanmoins, la puce présente sur la table d’Idris possède une fine pellicule rougeâtre, très foncée, proche du noir. L’inspectrice, en activant son Occulus, détecte quelques traces de sang sous la chaise de bureau.

 

IV

 

Une brise cavale sur son corps étendu, elle remonte jusqu’à son visage lisse pour finir en balayant sa crinière brune. Les premiers rayons réchauffent son cœur et réveil son esprit dans une douceur sincère. Idris profite de chaque point de connexion avec la terre, habitué jadis à la survoler ou à serpenter sous elle, il jubile à l’idée de pouvoir l’honorer le restant de ses jours. Sa patience et sa rigueur ont fini par payer.

À présent redressé, il contemple la verdure généreuse et les bruits naturels, mais pourtant si peu familiers qui en émanent. En caressant la cicatrice au niveau de son poignet il se dit que bien qu’entretenue artificiellement, cette réserve constitue pour l’instant le seul et unique havre de paix en ce monde.

Idris provoque toujours l’étonnement et la stupeur chez les autres individus qu’il rencontre. Toutefois, ces sentiments alimentent la curiosité des indigènes plutôt que la crainte chez ces anciens congénères. Depuis son arrivée il se sent en pleine forme, sa silhouette est plus droite, ses sens s’aiguisent et sa peau se raffermit. Cette satanée puce puisait bel et bien dans nos ressources pour contrer les maladies naissantes.

Certes, par son acte, il voit son espérance de vie réduite de manière considérable, mais une joie sadique l’anime d’avoir réussi à tromper ce gouvernement abject. En brouillant les signaux à l’aide d’appareils désuets et en exploitant les failles d’un système pourtant verrouillé, se propage désormais dans chaque puce, de chaque individu, un puissant virus. L’instauration d’un chaos nécessaire pour un retour aux sources d’une vie simple et logique.

L.P

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