Auteur : CYNIQUETAMERE

Chill-california-cadillac

Lignes vertigineuses

Tout est plat. Une couche de ligne apaisante au premier abord mais les teintes couplées à quelques détails dévoilent une vérité toute autre. Un laurier rose en pleine floraison tente non sans peine de masquer cette triste scène. Les morceaux de pétales étalés sur un court de tennis bleu azur laissent à penser que la rosée vient d’accomplir son travail journalier. Les lignes de jeu d’un blanc immaculé nous amènent vers la mer, vers l’horizon. Un fin trait de verdure posé sur le sable démarque l’eau de la terre.

Cependant, son absence de relief ne nous laisse pas dupe. Une folle nuit s’est achevée sur ce paysage idyllique. De nombreuses lignes blanches ont précédé celle du terrain et le rouge floral nous rappelle désormais l’hémoglobine plus que le début du printemps. La Cadillac scintille au beau milieu de ce désastre matinal et les palmiers s’abaissent de honte ou d’effroi. La berline décapotable est entièrement vide, délaissée par ses occupants. Ils n’ont pas abandonné la vue pour des ébats plus cloîtrés. De sombres histoires de jalousie et de substances illicites ont entraîné un corps depuis les dancefloors de Beverly Hills jusqu’à un coffre de voiture. Une dernière virée avant une lente descente vers les tréfonds du Pacifique.

L.P

Pastiche de Sand

1311240-George_Sand

Pastiche de Sand

Ma tendre amie, j’aimerais vous
avertir de ma détresse profonde. Ce
baiser sans la moindre pudeur
était fort déplacé. Il m’a marqué
vivement et pendant longtemps
cette image me restera à l’esprit.

J’espère que nous pourrons un jour
tout oublier, et autour d’un verre
nous voir, j’ai bien le droit à une
seconde chance, ma douce Burkina-
baise. Viens demain soir, je te ferais le
plat de ton choix, nous parlerons avec re-
cul, comme les grandes personnes.

ps: pour goûter à la substance romantique, ne lire qu’une phrase sur deux

F.L.

Plaisir estival d’un pervers aux yeux feutrés

Elles surgissent sans crier gare, voguant à présent sur le même trottoir.
Comme déposées là par une entité divine, leurs attributs ne sont en rien ostentatoires.
Nappées d’un tissu floral, subtil et délicat.
On devine avec enthousiasme, non sans frustration, l’oscillation rythmée et mélodieuse de la chair bombée.
Des arcs de cercles à la précision géométrique, malmenés par les turpitudes des rues du centre-ville.
Qui toujours se replacent, jamais ne s’affaissent, souvent m’amènent à de nouvelles adresses.
Derrière mes verres ombragés, pensant me cacher sous un anonymat à monture, je me délecte de ce spectacle frappé d’une gêne chronique.
Le temps est comme suspendu lorsqu’elles s’entre-chocs dans ce doux fracas inaudible et c’est avec un recule en rien objectif que je ne détecte aucune lacune.
Pardonnez mon intrusion déplacée dans votre univers lisse et montagneux.
Mon forfait s’il en est ne dépassera pas le cadre de mes fantasmes.
Il alimentera peut être quelques nuits humides délicieuses mains néanmoins incontrôlées.
Mon vice peut sembler abjecte, je le confesse.
Cependant, comment résister à ce binôme balloté, cette paire secouée, ce duo animé.
Mesdames, je ne peux que me prosterner devant la magnificence de vos fessiers.

L.P

Poeme-Oiseau-de-nuit-alexandrins

Les Matines

Les bras de Morphée ne sont pas assez épais
Voilà que je passe entre les mailles du filet
C’est à grand regret que je parviens à m’extirper
De votre étreinte si langoureuse et passionnée

Les oiseaux de nuit règnent en maîtres sur Paris
Pourtant leur travail reste à jamais incompris
Tapis dans l’ombre quand le soleil éclaire la vie
Ils se languissent de voir la prochaine accalmie

La peur du connu avorte les pensées clémentes
Une mise à nu cérébrale des plus angoissante
Pour une succession de maux psychiques redondante

Et on les laisse, las et blasé de leur détresse
Avinés, trop imbus pour se rendre à confesse
Évoquant sans cesse l’apanage de la jeunesse

L.P

CHIPSTER

Aux origines du monde, le terme « hipster » désignait de petits êtres ne jurant que par une branche pointue de la jazz musique, le bebop. Des petits blancs adoptant les codes des musiciens et autres instigateurs de la culture afro-américaine.
Une revendication anti-conformiste et peu consciente de l’aliénation des foules par les sonorités trop aseptisées et redondantes. Celles-ci, incarnées à l’époque par le jazz classique selon Théodor W. Adorno, énonçant sans vergogne que l’improvisation calée sur des boucles rythmiques bien définies, constituait la prolifération d’une industrie culturelle, les balbutiements de la culture de masse.
Autant dire qu’une demie seconde du dernier David Guetta suffirait à déclencher un phénomène de combustion spontanée chez nos protagonistes à bretelles. (suite…)