Nouvelle-écriture-mante-religieuse

Mante religieuse, partie 1.

Standard était vautré sur le canapé en cuir.
Ils l’avaient trouvé dans la rue, et c’était un des rares meubles qui garnissait Le Fleurus. Il avait passé de longues nuits à éponger l’alcool qui coulait sans répit dans le bistrot. Tous les soûlards se rejoignaient après leur tapin quotidien pour dilapider leur paye et se rappeler qu’ils n’étaient pas seuls dans cette aventure au scénario peu réjouissant. Un afterwork pathétique, sans DJ pointus ni cocktails, ici c’était du vieux jazz et du Scotch à l’eau. Le Fleurus était la meilleure chose qui pouvait leur arriver. Peu importe s’il dévorait sans pudeur leur maigre salaire, il les rendait heureux. (suite…)

La danse des poignards

[…] « Nous n’avons que le présent à supporter. Ni le passé ni l’avenir ne peuvent nous accabler, puisque l’un n’existe plus et l’autre n’existe pas encore. C’est pourtant vrai, le passé et l’avenir n’existent que lorsque nous y pensons ; ce sont des opinions, non des faits. Nous nous donnons bien du mal pour fabriquer nos regrets et nos craintes. J’ai vu un équilibriste qui ajustait quantité de poignards les uns sur les autres ; cela faisait un espèce d’arbre effrayant qu’il tenait en équilibre sur son front. C’est ainsi que nous ajustons nos regrets et nos craintes en imprudents artistes. Au lieu de porter une minute, nous portons une heure, nous portons une journée, dix journées, des mois, des années. L’un, qui a mal à la jambe, pense qu’il souffrait hier, qu’il souffrait déjà autrefois, qu’il souffrira demain ; il gémit sur sa vie tout entière. Il est évident qu’ici la sagesse ne peut pas beaucoup ; car on ne peut toujours pas supprimer la douleur présente. Mais s’il s’agit d’une douleur morale, qu’en restera-t-il si l’on se guérit de regretter et de prévoir ?

Cet amoureux maltraité qui se tortille sur son lit au lieu de dormir, et qui médite des vengeances corses, que resterait-il de son chagrin s’il ne pensait ni au passé, ni à l’avenir ? Cet ambitieux, mordu au cœur par un échec, ou va-t-il chercher sa douleur sinon dans un passé qu’il ressuscite et dans un avenir qu’il invente ? On croit voir le Sisyphe de la légende qui soulève son rocher et renouvelle ainsi son supplice. Je dirai à tous ceux qui se torturent ainsi : pense au présent ; pense à ta vie qui se continue de minute en minute ; chaque minute vient après l’autre ; il est donc possible de vivre comme tu vis puisque tu vis. Mais l’avenir m’effraie, dis tu. Tu parles de ce que tu ignores. Les évènements ne sont jamais ceux que nous attendions ; quant à ta peine présente, justement parce qu’elle est très vive, tu peux être sur qu’elle diminuera. Tout change tout passe. Cette Maxime nous a attristée assez souvent ; c’est bien le moins qu’elle nous console quelquefois. »

17 avril 1908

Alain – Propos sur le bonheur

pollution-tourisme-chine

L’homo touristicus est coutumier du fait

Après une année de dur labeur dans son entreprise basique, il s’octroie 3 semaines de vacances estivales bien méritées. Deux en juillet pour bricoler et visiter une capitale européenne, une semaine de glandouille en famille au mois d’août. Cet été on va à Barcelone, c’est pas loin et y’a la mer. Le dépaysement est frappant. Des jeunes français avinés ou plutôt « asangriaés » sur une belle plage comme à Palavas mais qui bouffent des paellas décongelées sur las ramblas entre deux cuites. (suite…)

Nouvelle-Kate-Moss

Aurore P.2

Partie 1

« Fais moi l’amour, ce soir »
« Pas envie »
« Pourquoi tu ne me touches plus François. Cela fait des mois que nous n’avons rien fait »
« Je travaille tout le temps, je n’y suis pour rien. »
« Je ne te fais plus envie, c’est ça » dit-elle, vulnérable. François ne répondit rien.

Un sentiment de dégoût envahit Aurore. Minutes après minute, cette impression désagréable grandissait. Elle ne laissait rien paraître. Pendant quelques secondes, l’Aurore robuste d’autrefois réapparue. Elle jeta un regard à François, qui semblait amusé par la situation. Cette scène avait lieu régulièrement, avec le même scénario. A chaque fois, elle était trop faible pour confronter son bourreau, qui prenait plaisir à la tyranniser.

(suite…)

illustrations-Luis-Quiles

Internet nous dessine une toile de merde

« Social Media is people in a room shouting and talking outloud »
– dixit un mec que j’ai rencontré à l’étranger –

Initialement conçu à des fins militaires par les américains je sais plus quand (à checker sur Wikipedia), internet surpasse aisément son but originel.
Aujourd’hui cet ingénieux système semble être un repère de narcissiques jaloux et lâches se goinfrant d’une infobésité dégoulinante de stupidité. (suite…)