Auteur : CYNIQUETAMERE

Voix-de-Rogomme

Rogomme

Je cours sans me mouvoir dans ce rêve récurrent
Où mon esprit s’égare par un but indolent
Renfrogné du soir, de l’obscurité qui ment
Ces nuages illusoires en sont presque indécents

Les pauses écourtées nourrissent la voix de rogomme
Et ma prose souffre de la banalité des hommes
Curieux de l’incurable et des passions qui chôment
Les journées sont bancales et l’ennui nous embaume

La couche des fêtards ou le levée des bambins
Leurs joues légèrement rosées par un doux matin
Plonge mon esprit amorphe dans un conflit malsain
Le lambin que je suis ne veut pas finir larbin

L.P

Francoise-Sagan

Françoise Quoirez

Elle a la jambe légère ne lui en voulait pas
Si elle alterne les bougres et les fils à papa
Ces haltérophiles ne font vraiment pas le poids
Face aux nombreux attraits de ce joli minois

Elle vole avec grâce de palaces en caboulots
Veillant à ne laisser ni plumes ni numéros
Ivre de vitesse, elle ne cesse de vivre trop
La modestie ne lui fera jamais défaut

Sa gangrène se partage avec Dostoïevski
Le joueur présent au chevet de sa folie
Une célébrité précoce rend vite démunie
L’horreur est humaine, elle décuple cette soif de vie

Je suis franc sois en sûr, j’affirme avec aplomb (suite…)

Aufhebung

Une route sinueuse au dessein bien hasardeux
Je m’engage avec la fougue d’une confiance soudaine
Un optimisme balbutiant pour ce jeu dangereux
Parant les vents contraires, j’atteins les premières plaines

Un massif montagneux s’érige dorénavant
Deux crêtes antinomiques que je dois écarter
Chaque geste est calculé pour permettre le suivant
Le chemin est parsemé de codes erronés

Une forêt voilée qui paraît impénétrable
L’humidité progresse, l’oxygène disparaît
Fraîchement élaguée pour la saison tropicale
Les fruits se gorgent de sucre, parés à imploser

L.P

raymond-devos

J’aimerais mon dieu vociférant

Tu joues avec les mots
Tu jongles avec les farces
Tu es rempli d’audace

Je t’envie l’éloquence
Et ta fameuse prestance
Qui traverse le temps

Tu prônes une vie de danse
Où l’absurde et l’esprit
Demeurent en concordance

Moquant les interdits
Frôlant souvent l’abstrait
Pourvu que les gens rient

Le but de tout artiste
Ces jeunes gens dérangés (suite…)

Concours nouvelle écriture

Le bossu de notre rame

Voûté et hagard, il débarque dans le tintamarre du hall de gare. Le visage bouffi et luisant, il avance d’un pas lent mais décidé. Une fois en place, seul les doigts en mouvement pianotent le rectangle lumineux. Un visage congestionné, souffrant de reliefs turgescents qui reste de marbre. Le train poursuit sa course programmée défiant la pénombre naissante. Il semble s’épanouir, esquissant presque un sourire alors qu’un bleu luminescent inonde son être courbé. Une nuque bombée qui fusionne avec un crâne focalisée sur un bruit blanc constant. Un bourdon qui trompe l’inaction et annihile toute réflexion. Les néons luttent pour délivrer un éclairage décent. Les courts-circuits permanent tentent avec ardeur de les déstabiliser.  Cette guerre perdure dans un climat d’indifférence. Inconscient de ce qui l’entoure, le bossu est figé dans l’instant. Habitué aux agressions des sens depuis son enfance, il avance docilement dans les artères artificielles. Un autiste euthanasié qui voudrait se dématérialiser. Une fois l’écran condamné à un repos cyclique inévitable, il tente de se réhausser. Constatant avec passivité que son corps s’est démultiplié. Des clones disgracieux et penchés qui ne semblent pas le remarquer. Il descend au prochain arrêt en quête de ressources pour sortir son appareil d’une veille insensée.

L.P

Sonnet-poeme-alexandrins

Qu’un au revoir

Une auréole brumeuse plane par dessus nos têtes
On néglige naïvement sa présence quelque fois
De longues discussions la rendent presque désuète
Elle n’a de cesse de nous guetter comme une proie

Un microclimat constant des plus oppressants
On voudrait que perdure cette bulle hors du temps
Fusionner nos corps dans ce présent permanent
Mais au prochain virage le destin nous attend

Il n’est jamais nécessaire d’en arriver la
Mener une vie terne semble devenir un exploit (suite…)

Georges-Perec-oulipo

Prenons les sujets

Je tue. Il hèle. On noue. Vous zélez l’île.

Je joue jamais jusqu’à jouir
Jubile, jacte, jamais j’abdiquerai
J’attends juste, jusqu’au jour J

Tu tiens tête, tu te tues tant
Ta traîtrise tellement triste ternit toute timidité
Témoin taciturne, tu traces ton trépas

Il insinue ipso facto, ignorance, impuissance
Issue irréversible, inondation irrémédiable
Instinctive isolation insoutenable

Elle émet étourdissement et étonnement
Enlisée en énonçant éhontément
Élucubrations et énièmes explications

On omet outrageusement, on oublie obstinément
Ombres obnubilées outrepassant opprobre ou obédience (suite…)