La musique adoucit ta soeur

Récital Chopin – Éric Artz

Au cœur du VIe Arrondissement de Lyon, dans l’intimité de l’église Saint-Pothin, s’est déroulé jeudi soir un spectacle tout à fait singulier : celui d’une rencontre entre un artiste légendaire, un brillant interprète et une assemblée nombreuse et attentive.

Dans ce décor mystique et inhabituel, aux airs de couronnement nocturne, le pianiste Éric Artz a offert à la foule un repos, une bénédiction sonore. Le programme est parfait : seront uniquement joués des morceaux célèbres du grand Chopin. Le soliste, à la modeste renommée, apparaît rapidement comme un être sympathique. Ce dernier agrémente les différents morceaux d’anecdotes historiques ou personnelles, rompant ainsi avec la tradition sérieuse de la musique dite classique. 

Le cadre religieux pousse celui qui écrit à l’analogie facile ; celle de l’interprète, qui comme l’homme d’Église, transmet la parole providentielle et vient apaiser les âmes intranquilles, rassurer les hommes et les femmes en proie aux doutes obsédants et aux passions extrêmes.

Et la prestation est à la hauteur d’un programme qui me renvoie à mes premiers amours musicaux : d’abord, le Nocturne posthume en ut majeur (peut-être le plus éloquent) ou à cette caresse mélancolique viennent se mêler quelques notes du concerto pour piano n°2. Ensuite, la Fantaisie-Impromptu, qui tranche instantanément avec les ténèbres de la première pièce. Dans cette oeuvre, Chopin montre un visage plus conquérant, et le pianiste s’en sort toujours avec autant d’adresse. Vient ensuite le plus célèbre des nocturnes (qui à force d’écoute a malheureusement perdu sa saveur originelle), et en supplément le prélude en Mi mineur, lente et sombre descente dans l’affliction, jusqu’au final cathartique. Puis viennent trois études aux éthos variés (la puissance de la “Révolutionnaire” est toujours bouleversante), qui sont parfaitement maîtrisées par le musicien. À ces exercices délicats se succèdent trois valses (lesdites “Minute”, “ De l’adieu” et “Pure”), ces mêmes valses qui firent naître quelques années auparavant, cet amour démesuré que j’ai pour le piano. Enfin, l’apothéose ; l’épilogue romantique, la Polonaise héroïque, ou Chopin nous prouve une dernière fois que son oeuvre est d’une inestimable richesse. En guise de rappel, M. Artz exécute le troisième mouvement de la sonate dite “Tempête” de Beethoven, et clôture pour de bon cet épisode féérique, dans une atmosphère radieuse. On peut noter ce que ce dernier morceau introduit un contraste parmi les oeuvres jouées en cette soirée, et permet de distinguer la personnalité propre aux oeuvres de Chopin.

Transit par cette harmonieuse succession de vagues de notes, d’intermèdes didactiques et par la fraîcheur de l’église, la foule, au pied de la croix et du dôme enluminé, recevait comme un seul être ce précieux cadeau, et se retira une heure plus tard, la tête pleine d’ivresse, de poésie et de souvenirs.

F.L.

A Flor E O Espinho

Ôtez ce sourire de mon chemin
Car j’aimerai passer avec ma douleur
Aujourd’hui pour vous je suis une épine
Mais l’épine ne blesse pas la fleur

J’ai fait erreur en joignant mon âme à la votre
Le soleil ne peut vivre si près de la lune

C’est dans le miroir que je décèle ma blessure
Ma douleur et mes yeux arrosés
J’étais une fleur dans votre vie
Désormais je ne suis qu’épine dans votre amour (suite…)

Douces feuilles mortes

les-feuilles-mortes-remedios-varo

Tout commence par un poème de Prévert, doublé d’un air de Kosma. Puis les plus précieux talents de la chanson française (Montand, Piaf, Greco et Gainsbourg) l’on repris, embelli et l’on singulièrement décoré. Et enfin, ce poème de regret et son air amer sont devenus un standard du jazz.

Voici quelques remarquables versions, intemporelles, de la plus apaisée au plus animée :

Yves Montand :

(suite…)

Harmonie

glenn-gould

Il est certaines choses qu’il ne convient pas de dissocier ; soit parce que leur rapprochement est le fruit des cycles puissants de l’Histoire, ou simplement parce que l’essence de chaque entité, chaque caractéristique qui les composent étant si ressemblantes, que s’est opéré une opportune complicité.

Il reviendrait alors à s’opposer au pouvoir de la logique que de réfuter cette évidente liaison ; et quand bien même quelqu’un voudrait séparer chaque entité, et briser l’eurythmie caractéristique de leur association, leurs lumineuses similitudes reviendraient à l’esprit de celui qui a voulu les oublier. Quand une seule des parties est jalousement énoncée, jaillit à son tour, dans un incoercible mouvement de révolte, le nom de la partie ignorée. (suite…)

MOUV DE LA

Il est 8h05. Un matin frais et venteux comme sait nous en procurer un hiver Drômois. L’école n’ouvre ses portes que dans 15 minutes, nous attendons donc au chaud dans le Renault Espace que la première cloche retentisse.
Quelques feuilles automnales persistent autour du city stade. C’est bien le seul moment où il est libre ce foutu terrain. Les yeux encore collés par le sommeil et les mains bien planquées entre le siège et les genoux.
(suite…)