MOUV DE LA

Il est 8h05. Un matin frais et venteux comme sait nous en procurer un hiver Drômois. L’école n’ouvre ses portes que dans 15 minutes, nous attendons donc au chaud dans le Renault Espace que la première cloche retentisse.
Quelques feuilles automnales persistent autour du city stade. C’est bien le seul moment où il est libre ce foutu terrain. Les yeux encore collés par le sommeil et les mains bien planquées entre le siège et les genoux.

J’ai 8 ans. Comme tous les enfants de mon âge j’ai les cheveux rouges et j’écoute du métal français.
Ou plutôt comme tous les enfants âgés de 8 ans je fais des choix douteux. Qu’importe, ce matin je vis des minutes de bonheur. Ces quelques minutes de répit avant la foule et l’apprentissage sont ponctuées par ma musique préférée, diffusée par ma radio préférée, sans doute pour cette raison d’ailleurs.

Aqme – Si n’existe pas retenti dans les baffles à bout de souffle du Renault Espace et c’est beau. Comme si le programmateur me faisait un signe, un cadeau.


C’est fou comme on peut apprécier davantage une musique à la radio que lorsqu’on l’écoute en boucle sur son walkman, seul dans sa chambre. Du métal, je suis passé au punk rock américain puis au rock anglais en passant par le rap et l’électro. J’en passe. Le Mouv’ m’a accompagné, m’a aiguillé, m’a façonné, m’a appris à être ouvert et curieux.
Grâce à eux je peux passer de Pleymo, The Offspring, Arctic Monkeys, Mc Solaar à Flume dans la même conversation sans aucun pallier de décompression.

Il y avait tous les styles de musique mais aussi tous les styles d’émission. Tantôt drôles, culturelles, cinéphiles, internationales, on n’avait qu’à se servir. Après 15 années d’écoute j’ai vu l’évolution, que j’ai comprise et assimilée. Je défendais la grille à chaque rentrée en expliquant qu’il y a des créneaux à éviter selon nos goûts. L’esprit rock, slogan des débuts, a laissé place petit à petit à plus d’ouverture et c’est tant mieux.

Fin 2014, la radio prend le plus grand virage de son existence avec l’arrivée de “Mathieu Gallet“. En sa qualité de PDG de Radio France voilà que le virage débouche sur l’envie peu rassurante de délivrer une radio “urbaine“.
Passons sur le terme quelque peu fourre-tout et dénué de sens pour s’intéresser à la grille. Au final, pléthore d’émissions sont supprimées et l’on se retrouve avec une playlist nauséabonde qui tourne en boucle toute les demis-heures comme chez Virgin ou Skyrock. Outre le fait que nos oreilles en prennent pour leur grade avec les nouveaux Soprano, Black M, on a le droit à de la merde ancienne avec Womanizer placée en toute impunité entre Calvin Harris et Lacrim.

En conclusion wait and see, le lancement officiel s’est effectué le 2 février et quelques étincelles demeurent, incarnées par des noms rassurants comme Laura Leishman, Olivier Cachin ou Akhneton. Cependant le petit garçon tremblotant à l’avant du Renault Espace ne tremble pas à cause du froid mais parce qu’il a peur. Peur qu’on lui brise ses racines.

On se quitte sur la meilleure punchline entendue sur les ondes :

‘’ Elle m’appelle en masqué donc souvent je décroche pas. Je croyais qu’elle me faisait du pied mais c’était un croche patte ’’

— Dr Beliz – Madame la chance feat. L.I.O Petrodollars —

L.P

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