Le petit-déjeuner de l’hôtel est un peu frugal, il sera complété par un pain au chocolat réinventé. Deux barres plantées dans une brioche achetée à la boulangerie. Je crois que mon corps est toujours en quête de force pour se rétablir de l’étape interminable de la veille. Avant de partir, un homme nous invite à prendre le çay à la terrasse de son café. Une grande place ombragée avec en son centre une fontaine un peu kitsch dans laquelle barbotent deux tortues. Quelques vieillards sont attablés, en pleine discussion ou jouant aux cartes. On a l’impression qu’ils font partie du décor, laissant le temps glisser doucement sur leur peau ridée. Azdavay est une petite ville paisible, nichée dans les hauteurs du district de Kastamonu. La tentation fut grande de s’y attarder pour en essayer les fameux thermes.
Ahmet a passé 40 ans à Istanbul en tant que restaurateur. Il a fui la foule pour davantage de tranquillité. Nous nous rejoignons sur cette lassitude de la vie citadine. Même s’il est très fier de nous montrer des photos de son ancien restaurant, il n’en pouvait plus de l’agitation permanente, du bruit des klaxons et de la circulation infernale dans la mégalopole. Un ami à lui se joint à la conversation, nous bavardons un moment puis Ahmet propose de nous emmener voir un point de vue sur le canyon. L’approximation de nos échanges nous fait comprendre que c’est à une vingtaine de kilomètres. Nous refusons poliment, car cela représente un détour important sur notre trajet. En quittant la ville à vélo, nous apercevons un panneau indiquant 4 km vers le fameux point de vue, et uniquement de la montée. C’était finalement tout à fait faisable, surtout en voiture. Tant pis, ce sera pour une autre fois. Après recherches, il s’agissait d’une plateforme de verre offrant une vue vertigineuse sur le canyon Çatak.
L’un de mes regrets sur ce voyage sera sans doute le manque de temps. Le vélo permet tout de même de s’imprégner des paysages, d’appréhender certains détails du décor que nous traversons. Il intrigue et facilite les rencontres. Bien que nous prenions le temps d’échanger le plus souvent possible, car les occasions sont fréquentes et les Turcs d’une gentillesse inouïe, l’intensité des étapes ne nous permet pas de modeler complètement l’aventure au gré des invitations diverses. Nous sommes hélas rattrapés par les injonctions de notre vie professionnelle en France et les 15 jours de vacances que nous nous sommes octroyés pour construire cet itinéraire. Qu’à cela ne tienne, ce sera l’objet d’un prochain voyage ! Un voyage plus souple et surtout sans billet retour.
On attaque donc l’étape du jour par une route forestière peu fréquentée. J’expérimente ma première course-poursuite avec une meute de chiens. (suite…)


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