La chasse

5 mots imposés : enterré, frappé, absurdement, échange, protéger

François entra dans son appartement et ferma la porte avec précipitation. Après avoir jeté son manteau sur le canapé, il s’enterra dans son fauteuil. Quelqu’un le suivait depuis plusieurs jours, il en était persuadé. Il sonda son esprit pour voir si celui-ci devenait schizophrène, puis rejetant cette hypothèse absurde, il s’approcha de la fenêtre. François était un peu nerveux. Il n’appréciait guère l’obscurité qui enveloppait la situation. Elle lui paraissait être des lacunes dans son raisonnement. La sensation d’être suivi, bien qu’étrange, ne lui déplaisait pas. Il avait secrètement espéré avoir un jour des admirateurs inquiets de son sort de poète. Non, ce qui l’ennuyait c’était le mystère autour de cet inconnu, autour de cette ombre qui le chassait et qui s’approchait. Cette sensation nébuleuse attisait sa curiosité et troublait son esprit déjà bien agité. Était-ce quelqu’un qu’il connaissait ? Était-ce un admirateur aux pratiques étranges ? Il devait en avoir le cœur net. Il ne voulait qu’un seul échange, juste un regard, pour satisfaire sa curiosité.

Il empoigna son manteau et se précipita dehors. La nuit tombait et le froid commençait à saisir les plus aventureux. Il descendit les escaliers avec empressement, traversa le hall et se posta devant l’immeuble. Personne. Une idée lui traversa l’esprit. Il tendrait un piège au fantôme, pour le forcer à se dévoiler et mettre fin à toute cette comédie. Il s’avança vers le portail puis vers la rue qui longeait sa résidence. Le froid lui engourdissait déjà les mains. Il espérait que cette manœuvre en vaudrait la peine. Il marcha en direction d’une allée plus calme qui donnait sur le grand parc. Le ciel commençait à s’assombrir. François pensa au réconfort de la soupe brûlante qui l’attendait une fois ses tribulations terminées. Dans le parc, un couple s’amusait avec un chien qui courait interminablement, pour le plus grand bonheur de leur enfant. François regarda derrière lui. Personne d’autre n’avait osé braver le froid. Il continua sur un sentier, orné de superbes conifères qui défiaient crânement le vent, le long d’un mince ruisseau glapissant. Cette promenade improvisée commençait à le ravir. Il se dit qu’il le ferait plus souvent, et même qu’il devrait se laisser davantage porter par les imprévus.

À quelques mètres de lui, une personne se tenait au milieu du chemin. L’inconnu était de dos et portait un grand manteau. François s’approcha et nota que le manteau, bien qu’élégant, était clairsemé de petits trous. Il décida de contourner l’individu à la posture étrange et de retourner chez lui par l’autre sortie. La neige commençait à tomber délicatement. Perdu dans ses pensées, François dépassa l’individu et tourna la tête pour distinguer son visage, mais celui-ci était masqué par une écharpe. L’individu semblait trembler de tout son corps. De froid, ou de chagrin peut-être. François s’approcha pour demander si tout allait bien. L’individu fit alors tomber l’écharpe, qui révéla un grand sourire – un sourire grotesque, féroce – ainsi qu’une arme, logée dans le creux de sa main. Il ordonna à François de lui tendre son portefeuille et de ne pas faire l’imbécile. Prostré, François se laissa fouiller, frappé par cette attaque inattendue. Puis l’homme s’enfuit, délaissant sa proie immobile et silencieuse, cette fois dans un rire retentissant. Un rire qui hanta les nuits de François pendant les semaines qui suivirent.

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