Exercice d'écriture propos/essai sur la violence

Propos sur la violence

5 mots imposés : enterré/frappé/absurdement/échange/protéger

Tout commence par un bref échange de regard. Ce genre de détail infime parmi le chaos grandiloquent qui reste gravé à tout jamais. Bravant les cris et les agitations grotesques d’un troupeau aviné, deux globes s’illuminent, incandescents de rage. Si quelconque âme subsiste au sein de cette enveloppe corporelle, plus noire qu’une nuit en deuil de ses astres, elle se nourrit d’une haine insatiable. Des pupilles frappées de sang, déterminées à annihiler toute forme de vie, qui ne clignent à aucun moment de peur de perdre de vue l’objectif funeste. Seuls maîtres à bord de ce navire de guerre, les yeux guident un corps qui se déshumanise.

À mi-chemin entre l’animal et la machine, le sang froid est admirable.

Les mouvements semblent chorégraphiés tant ils s’exécutent avec grâce et évidence.
La fluidité, peu importe le contexte, élève chaque situation au rang de performance.
Qu’il s’agisse d’une ballerine glissant sur les notes délicieuses, mais parfois abruptes d’une Nocturne de Chopin, un avocat dont l’éloquence naturelle déroule un plaidoyer à la clarté incontestable ou un mécanicien qui multiplie les gestes et les actions en sifflotant l’air guilleret émanant d’un vieux transistor. Les automatismes sont d’une beauté plaisante à observer. La quête ultime de tout individu est ainsi d’obtenir une forme d’élégance dans ses exécutions. La fluidité du naturel dans nos gestes et nos paroles nous est propre et ne peut se travestir.

Ce genre de violence est absurdement condamné comme un acte barbare, car comparé à de médiocres prestations. Souvent motivées par de piètres excès d’orgueil ou une recherche risible d’événement dans un quotidien morne. Les ego froissés fustigent les pluies de coups, les phalanges qui se heurtent aux parois nasales d’autrui, les semelles qui méprisent l’incarnation d’un clivage, d’une inégalité ou simplement d’un besoin d’expression.

Quand l’iris se pare de son voile opaque, une vision de terreur transparaît et chaque protagoniste aura le droit à sa sentence. Inutile de se protéger, de fuir ou de se révolter. Un tel acte viendrait perturber un scénario aux rouages bien huilés et entacher le rendu final. Une fois l’espoir enterré, l’idée de mort est une échappatoire rassurante.

La participation à cette débâcle d’humanité est un privilège. Sentir chaque organe de son corps, mutilé par une myriade de coups, quémander une reconnaissance trop souvent méprisée : n’est-ce pas la une formidable expérience de vie ? Le nez est certes fracturé, mais le cortex se remet en place. Le confort est bousculé, on mange le bitume puis l’on goûte son propre sang, les positions imposées sont pour la plupart inédites, engendrant des douleurs atroces et insoupçonnées.

Le fondement de l’être, sa personnalité, qu’on a eu tant de mal à apprivoiser et façonner un tant soit peu pour qu’elle plaise au plus grand nombre, tout vol en éclat le soir d’une agression injuste et nécessaire.

Avec une récurrence modérée, la baston, la castagne, l’incarnation du mal jetant son dévolu sur votre personne insouciante et trop raisonnée, peut entraîner de douces révélations.

L.P

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