nouvelle érotique histoire

[-16] Sans Fil

Comme chaque vendredi matin, je me lève tant bien que mal, maudissant cette pathétique sonnerie qui m’extrait du sommeil. Y’a pas à dire, c’est encore plus dur de se réveiller lorsqu’on n’a pas d’obligations. Pas de femme ni de patron pour vous forcer à entrer dans une énième journée, copie quasi conforme à celle de la veille. Je me passe de l’eau sur le visage, observe ma mine lasse et descends les deux étages de ma résidence. Une inspection quotidienne dans la fente de la boîte aux lettres me renfrogne un peu plus. Toujours rien. Cela fait bientôt deux mois que j’ai envoyé mon manuscrit à la plupart des maisons d’édition que je connais. J’ai fait ça à l’ancienne, sur un beau papier relié. Ça m’a coûté un bras et une parcelle de forêt à bien dut y passer quelque part.

D’une démarche un brin mollassonne, je me dirige à la cave et y sors ma bicyclette. Un vieux bolide Peugeot qui grince. C’est une plaie dans les montées, mais je l’aime bien. Une longue descente m’amène en centre-ville. Malgré les nuages, l’air est doux. Un vent légèrement iodé lèche mon visage, la vitesse y fait poindre quelques larmes. Je me faufile à travers un embouteillage. Voir tous ces cons coincés dans leur voiture me redonne le sourire, j’arrive aux abords du Nelly’s. J’attache mon vélo à un poteau, sur le trottoir d’en face. Il ne vaut rien, mais j’y tiens et je préfère pouvoir garder un œil dessus.

Le café ressemble à la plupart de ces lieux branchés. Trop sains, trop chers, mais soyons honnêtes, on s’y sent bien. Une jolie blonde m’accueille tout sourire. Elle a une queue-de-cheval et un tablier, il n’en faut pas plus pour attiser un début de désir. D’autant qu’elle me rappelle une fille que j’ai connue à l’université, aussi excitante qu’agaçante. Une boule de nerfs que l’on meurt d’envie de mater. Jusqu’à quand vais-je conserver ces réflexes adolescents faisant naître des pensées obscènes à chaque nouvelle rencontre ?

Aussitôt, je me recentre sur l’objectif de ma venue, à savoir noircir quelques pages blanches de ma prose balbutiante. Je sors un calepin élimé et l’ordinateur pour quelques recherches éventuelles. Je commande un café au lait, un œuf au plat et deux tartines beurrées sans m’attarder sur le corps de la serveuse. Je griffonne le plan d’une nouvelle à la va-vite puis, ingurgite mon petit déjeuner américain en espérant qu’il déclenche quelques inspirations bukowskiennes.

Je commence à gratter, faisant fi des pensées parasites qui s’immiscent dans mes réflexions. Elles sont tantôt décourageantes sur mon avenir d’écrivain, tantôt faîtes d’images érotiques incluant un tablier apposé sur un corps dénudé. Je fais fi également des bruits émanant des cuisines et d’un groupe discutant dans le fond de la salle. Les rires d’une fille me font presque sursauter. Je me retourne pour voir quel individu peut bien émettre de telles atrocités. Elle est loin d’être laide, mais ses éclats gutturaux sont un tue-l’amour fatal. Je me replonge dans mon texte alors qu’une nouvelle cliente pénètre dans le café. Elle prend place à la table juste à ma droite. Penché sur mon carnet, j’aperçois en diagonale ses cuisses nues qui s’engouffrent dans un short en jean. La peau est blanche, très subtilement colorée en cette fin d’été. Je me fais violence pour ne pas regarder. Je poursuis mon travail, bien que mes yeux soient fréquemment attirés par ses jambes, croisées à quelques centimètres de moi.

  • Excusez-moi

Une voix assez ordinaire me sort de mes divagations.

  • Est-ce que vous auriez le code du wifi par hasard ?

La question est dénuée de tout charme contrairement à la bouche dont elle est issue. Je réponds que non et m’imprègne de ses traits. Elle est rousse, d’une morphologie délicate sans être fragile. Une beauté simple, sans fioritures, presque ordinaire. Je pourrais m’asseoir à sa table et l’embrasser sur-le-champ, créant un scandale au beau milieu de cette matinée paisible. Je songe à réfréner mes pulsions en les couchant sur papier.
Une fiction érotique au lieu d’une agression en public, c’est tout de même préférable.

La voilà qui revient du comptoir.

  • Ils me l’ont envoyé par message, je peux vous le transférer si vous voulez
  • Ma foi pourquoi pas, cela pourra me servir plus tard
  • Très bien, quel est votre numéro ?

Décidément, elle est soit extrêmement serviable, soit intéressée par ma personne. Dans les deux cas je suis conquis. Pourtant, on en restera là. À court d’inspiration, je me résigne et file plus tôt que prévu, comme souvent. Je pars longer le littoral à vélo pour me ressourcer.
Je fais une halte sur un banc pour contempler les va-et-vient incessants de l’écume sur le sable. La plage en contrebas se dessine entre deux collines touffues, se frayant un chemin sinueux vers l’eau agitée. C’est alors que mon téléphone vibre.

Hôtel Madrid, chambre 202

Pas d’autres indications. C’est la fille du café. Cela semble trop beau ou trop louche. Qu’importe, au mieux cela fera une chouette histoire, au pire une anecdote à raconter. J’arrive à l’hôtel en quelques coups de pédales. Personne à la réception. Tant mieux, car je n’ai aucun nom à annoncer pour justifier ma visite. Seulement un début d’érection qui ne serait d’aucune utilité à mon argumentaire.

Une fois à l’étage, j’aperçois une porte entrouverte portant le numéro 202. Je m’y faufile sans bruit.

  • C’est vous ?
  • C’est moi

Un étroit couloir donne sur la chambre. Une fenêtre y encadre l’océan, de sorte que l’on croirait observer un tableau se mouvant à l’infini. Elle est à quatre pattes sur les draps, le haut du corps pointant vers la tête de lit. Seul son short bleu déboutonné l’habille. Le tissu lâche s’agrippe tant bien que mal à sa croupe cambrée. Hypnotisé par la scène, incapable de formuler la moindre pensée, je m’approche puis me penche sans bruit. Ma main droite saisit une fesse par le dessus, la tâte, la jauge puis la pétrit fermement.
À chaque pression, je sens un gémissement s’élever derrière la chevelure cuivrée. J’intensifie les mouvements jusqu’à faire claquer mes paumes sur les rosaces que forment les coutures des poches arrière.

Le short a glissé, laissant deviner qu’elle ne porte rien en dessous. Je décide de l’ôter complètement, libérant ces deux bouts de chair bombés dont la blancheur vire au rose aux zones d’impact de ma main. Dès lors, j’entreprends d’y plonger mon visage tout entier.
Je m’imprègne de ses effluves, elles me rappellent la brise marine qui accompagnait mon trajet matinal à deux-roues. Je caresse son entrecuisse de ma langue, remonte sur les fesses par moment puis augmente peu à peu la vélocité de mes gestes. Ses réactions physiques et sonores me signalent que mon ardeur est appréciée. Le bas de mon visage est trempé, visiblement elle est aussi excitée que moi. Je ne peux me contenir davantage. Je me débarrasse expressément de mes fringues et entre en elle, toujours dans la même position. S’ensuivent plusieurs minutes de coït intense, sauvage.

Elle accompagne chacune de mes secousses et nous augmentons la cadence.
Comme aimanté par son dos nu, je l’étreins et en profite pour agripper ses petits seins.
Ils sont fermes et chauds. Je me relève haletant, au bord de l’hyperventilation. En reprenant mon souffle, je remarque des gouttes de sueur glissant de sa nuque vers sa colonne vertébrale, telle une eau de pluie guidée par une rigole. Désireux d’observer l’apparence de son doux visage en extase, je l’invite à basculer sur le côté puis l’aide à relever le haut de son corps. Ses jambes serrées autour de ma taille, nous poursuivons nos ébats. Je suis profond en elle, encourageant son balancement franc sur mon membre par mes deux mains posées au creux de ses reins. Nos regards se croisent puis se fixent l’un sur l’autre.
J’ai l’impression de voir son âme et ses secrets les plus enfouis. On s’abandonne avec la même ferveur. Au moment de jouir, je la prends dans mes bras. Je mords son épaule, elle plante ses ongles dans mon dos incandescent.

  • Je n’ai jamais ressenti quelque chose d’aussi fort
  • Moi non plus, c’est la première fois que j’ose provoquer ce genre de rencontre

Le lendemain, encore béat de la veille, je décide de retourner au café. Je ne prends pas la peine de vérifier la boîte aux lettres. Me voilà qui zigzague dans la descente. J’offre même la priorité à un automobiliste nerveux, lui assénant mon sourire le plus affable. Arrivé au café, je commande quelques douceurs et décide d’effectuer des recherches sur Internet afin de peaufiner ma nouvelle en cours d’écriture. Je remarque à peine la serveuse blonde qui m’apporte mon cheese-cake. C’est étrange, la connexion au wifi ne fonctionne pas.

  • Excusez-moi, vous avez changé le mot de passe du wifi ?
  • Non pas du tout, c’est nellys2022 en minuscule et tout attaché
  • Hm d’accord. Une de vos clientes m’en a communiqué un tout à fait différent hier
  • Ah… Elle vous a fait le coup à vous aussi ?

Je referme l’ordinateur, gobe une bouchée de gâteau et sirote un peu de café.

Tant pis, ça me fait toujours une bonne anecdote à raconter.

 

Léon Plagnol

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