Un temps pour l’espoir

Caspar_David_Friedrich_-_Wanderer_above_the_sea_of_fog

 

Jean était allongé sur le sol. Isolé, quelque part au milieu d’un pré sauvage où l’herbe avait poussé en abondance, il avait contemplé les étoiles toute la nuit. A ce moment-là de l’année, il était possible pour les âmes les plus hardi de dormir avec le ciel illuminé pour seul vis-à-vis. Le vent avait soufflé une tournoyante berceuse, sur le cœur de la vallée. Les violents courants d’airs parcouraient chaque gorge sinueuse, grisaient les branches de leurs étreintes énergiques, et venaient mourir contre les parois abruptes, sous le regard impassible des constellations.

Jean était emmitouflé de son épais manteau de cuir, usé par les années, mais dont la qualité chauffante opérait toujours avec succès. Cette longue pièce, ornée de quelques discrets boutons d’argent, était la préférée de Jean. C’était même la seule chose qui possédait de la valeur à ses yeux. Il ne s’en séparait que très rarement ; sa mère lui avait brodé un petit ruban, dans le coin supérieur d’une poche. Il avait pour habitude de le serrer avec force dans sa main quand les difficultés émoussaient sa naturelle pugnacité. Ce infime bout de tissu, cousu comme une distinction militaire, n’allait même pas avec la couleur de sa veste ; ce ton de vert donnait à Jean un coté tendre et léger à sa mine grave, chose qu’il souhaitait à tout prix éviter. L’assurance et le sérieux étaient les vertus dont il voulait se parer. Mais il ne pouvait se séparer de ce petit bout de tissu. Il représentait l’amour de cet être qui l’avait adoré, choyé, protégé ; ainsi, elle voyageait avec lui, partout où Jean allait. Il aimait cette veste plus que tout. Il l’aimait d’autant plus qu’à cet instant précis, la vallée était traversée par de puissants courants d’airs frais, qui, comme des hordes frénétiques d’oiseaux sauvages, s’engouffraient avec enthousiasme jusque dans les commissures les plus profondes.

Jean s’était faufilé à l’endroit prévu, tôt dans l’après-midi. Il l’avait repéré quelques jours auparavant, et avait décidé d’emprunter, le moment venu, l’unique et abrupt chemin qui y menait. Jean était doté d’une prodigieuse adresse et d’une volonté de fer ; qualités opportunes pour aborder un tel chemin, car le relief  y était démesurément capricieux et la moindre erreur de jugement pouvait entrainer l’irréparable. Seul un alpiniste chevronné pouvait se lancer dans une entreprise de cette complexité.

Cependant, même si la vue du précipice provoquait chez Jean quelques intenses frissons, des personnes comptaient sur lui, et leurs vies dépendaient de la réussite de sa mission : il lui était impossible d’échouer. La veille de son départ, Jean était animé d’une nébuleuse passion : il était à la fois terrorisé par la tâche qui l’attendait et dans le même temps, il était satisfait : il allait pouvoir mettre à profit toutes ces heures d’escalade sauvage qu’il avait effectué avec son jeune frère. Et il allait montrer qui était le meilleur grimpeur.

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