Carnet de bord

Le récit au jour le jour de notre voyage à vélo en Turquie sur les traces du philosophe Diogène de Sinope.

voyage vélo en turquie entre mer noire, ayancik et inebolu

Voyage à vélo en turquie – Jour 3 : Ayancik – Inebolu

Réveil à 8 h 15. C’est un peu plus tard qu’à l’accoutumée, mais nous avions besoin de récupérer. On s’extirpe de nos lits, non sans peine. Si la motivation est toujours intacte, le corps commence à trahir quelques dysfonctionnements. Une fois sur le vélo, on n’y voit que du feu. Les jambes reprennent vite leurs rotations quotidiennes sans broncher. Néanmoins, en position bipède, lorsqu’il s’agit de descendre les escaliers de l’hôtel pour aller expérimenter le petit déjeuner turc, la démarche est des moins gracieuses. On croirait deux ours sortant de 6 mois d’hibernation, tâtonnant à chaque pas. Sur la table on retrouve du thé bien sûr, des olives, un fromage de type feta, des concombres et des tomates. L’absence de choix lorsque la faim gronde et que le mental est encore usé par l’effort de la veille rend ces propositions spontanées tout à fait appréciables.

Le départ est fixé à 10 h, ce sera finalement 11. Nous avons des progrès à faire sur les préparatifs matinaux : remballer les vêtements à moitié secs, vérifier l’étape du jour, charger les vélos puis regonfler les pneus, huiler les chaînes et enfin prévoir quelques barres et de l’eau pour la matinée. Le soleil cogne fort et nous allons commencer par une succession de montées. Nous quittons Ayancik, petite ville assez tranquille de bord de mer, logée en contrebas des montagnes. L’aménagement côtier semble récent, avec une présence timide des touristes en cette fin de printemps.

Le décor de notre périple demeure splendide aujourd’hui. Les routes serpentent parmi les monts touffus d’où fleurissent quelques rares maisons et mosquées. Les appels à la prière ricochent sur les parois peuplées de conifères et nous enveloppent dans une atmosphère hors du temps. Le dépaysement est total. Les longues routes parfois désertes et scindées d’une bande jaune ne sont pas sans rappeler les grands espaces canadiens.

Nous sommes aussi témoins des ravages de la pluie. (suite…)

voyage vélo à sinope en turquie et statue de diogene

Voyage à vélo en turquie – Jour 2 : Sinope – Ayancik

Samsun est une ville assez importante. Elle semble riche de prime abord avec son tramway moderne. Les buildings s’étendent sur des collines verdoyantes plongeant dans la mer Noire.

La nuit déjà courte fut perturbée par l’ingestion d’un coca avant de dormir. Quand l’appel du minibar a eu raison de nos esprits fatigués par le voyage. 5h30, nous descendons pour découvrir le “Big taxi” qui nous a été réservé. Il s’agit en fait d’une simple voiture de ville pour nos cartons d’1m70 de longueur. Le conducteur paraît visiblement aussi surpris que nous. Il se gratte la tête, fait le tour du véhicule en quête d’une solution. Malgré sa bonne volonté et ses vaines tentatives, le voyage se fait coffre ouvert en tenant les portières entrebaîllées…

Nous traversons Samsun qui s’éveille doucement. Le jour est déjà installé, quelques badauds arpentent les rues en escalier. Des chiens errants paisiblement assoupis se réveillent brusquement à notre passage pour nous pourchasser avec fureur. Décidément, il faudra se montrer vigilant avec nos comparses canidés une fois sur les vélos. Sans doute trop préoccupé par l’équation cartons/taxi, j’ai oublié de laisser la clé de notre chambre à l’hôtel, ce sera facturé 100 turkish liras. Les cartons intriguent à présent le chauffeur du car nous permettant de rallier Sinope. Ils sont pris en charge pour 200 TL. Habitués des voyages plus conventionnels et touristiques, on a l’impression d’être souvent ciblés par de petits suppléments à débourser. Pour le moment, nous sommes simplement heureux d’avancer sans trop de difficultés vers le point de départ du trip. Reconnaissants envers les Turcs également de se montrer compréhensifs et toujours prêts à trouver une solution.

voyage en turquie (suite…)

départ voyage vélo en turquie

Voyage à vélo en turquie – Jour 1 : Lyon – Samsun – Sinope

Tout est parti d’une boutade et de quelques coïncidences.

D’abord, le lancement d’un blog en 2015 avec pour objectif de se mettre à écrire fréquemment et de recevoir des retours et critiques sur notre prose balbutiante.

Aussi, pour caresser le rêve d’être assimilé à la sphère des écrivains, d’entrer peu à peu dans l’imposante maison de la littérature.
CYNIQUETAMERE. Derrière le jeu de mots douteux, un simple hommage aux artistes incisifs, dotés d’une belle plume et d’un regard désabusé, mais intelligent, sur notre monde. Des poèmes, des pamphlets et autres nouvelles se mirent donc à fleurir en ligne.

Puis, la recherche naïve de l’étymologie du mot cynique nous ouvrit les portes d’un courant de pensée et d’un personnage haut en couleur, assez méconnu et pourtant si fascinant : Diogène de Sinope.

Qui aurait prédit, 8 ans en arrière, que la rencontre avec une philosophie vieille de plus de 2500 ans m’aurait mené en Turquie au bord de la mer Noire ? À l’heure où j’écris ces lignes, je me dirige vers Istanbul pour la première étape du voyage. Derrière la caméra, mon frère fait la mise au point pour tenter de capturer les pattes de mouches que j’appose au stylo plume dans un carnet de cuir.

Diogène le cynique ou Diogène le chien sont parmi les sobriquets de ce personnage anticonformiste, antimatérialiste et contre toute forme de privation de liberté. Il mord là où ça fait mal, pour mieux nous éveiller sur l’absurdité de nos comportements, tellement ancrés qu’on ne pense plus à les remettre en question. Un philosophe des actes plutôt qu’un Platon écrivant bien au chaud des théories denses et complexes. Il se masturbe en public, vit comme un clochard, répond toujours par un bon mot inattendu qui déstabilise. Il navigue entre la rock-star et le rappeur aux punchlines aiguisées. Souvent “un ton plus haut”, au-delà des limites, pour mieux nous percuter avec ses idées. Le but est de nous rendre à Sinope, sa ville natale autrefois grecque, pour rallier Istanbul à vélo en longeant plus ou moins la mer Noire. Nous partirons de sa statue à travers le nord de la Turquie pour nous imprégner de ses enseignements, les mettre en pratique, du moins les appréhender et participer à la démocratisation de sa philosophie par la réalisation d’un documentaire.

La tête et les jambes au service du cynisme !

(suite…)

carte postale voyage vélo avec trois photos du Nord de la Turquie

From Turkey with love

Voilà une semaine que notre voyage à vélo en Turquie a pris fin et nous avons encore un peu de mal à réaliser ce qu’il s’est passé. Je parle au nom de l’équipe en affirmant que ce voyage restera gravé en nous pour un bout de temps. La gentillesse des Turcs nous avait été vantée, elle va bien au-delà de ce qu’on imaginait. Nous avons multiplié les rencontres et les échanges qui alimenteront de belles séquences du documentaire.

Une autre surprise fut la beauté et la diversité des paysages. Hormis quelques petites stations balnéaires le long de la mer noire, le Nord de la Turquie semble peu touristique. Depuis Sinope jusqu’à Yalova, d’où nous avons relié Istanbul, ce fut une alternance de reliefs montagneux, de falaises se jetant dans la mer, de campagnes fleuries, de champs de noisetiers, de lacs et de collines verdoyantes. On a hâte de vous montrer tout cela en image !

Le périple en quelques chiffres :

800 km parcourus
+10000 m de D+
5 crevaisons
7 attaques de chien
40 çay ingurgités
600go de vidéos à derusher

Remerciements :

*Tout d’abord, un immense merci à tous les contributeurs de la campagne de financement Ulule et à tous ceux qui ont suivi le trip au jour le jour sur le compte @cyniquetamere. Les stories sont épinglées et vous retrouverez prochainement des extraits du carnet de bord sur le blog. De quoi patienter jusqu’à la sortie du documentaire.

💛 Samuel, Jonathan, Sophie, Lucie, Florent, Elise, Claudine, Charley, Hélène, Georges-Edouard, Corinne, Candice, Emilien, Charles, Johanna, Fannie, Pablo, Jérémy, Justine, Perrine sans oublier Pata pour son aide précieuse une fois sur place.

*Merci aux trois intervenants que nous avons eu le plaisir de rencontrer avant le départ pour un échange autour du philosophe Diogène : Etienne Helmer, Jean-Manuel Roubineau et Adeline Baldacchnio. Les entretiens seront bientôt disponibles sur Youtube.

*Et enfin, merci Soso pour le design des maillots et Louisea pour le flocage !


Bisous les petits cyniques.

L.P