Samsun est une ville assez importante. Elle semble riche de prime abord avec son tramway moderne. Les buildings s’étendent sur des collines verdoyantes plongeant dans la mer Noire.
La nuit déjà courte fut perturbée par l’ingestion d’un coca avant de dormir. Quand l’appel du minibar a eu raison de nos esprits fatigués par le voyage. 5h30, nous descendons pour découvrir le “Big taxi” qui nous a été réservé. Il s’agit en fait d’une simple voiture de ville pour nos cartons d’1m70 de longueur. Le conducteur paraît visiblement aussi surpris que nous. Il se gratte la tête, fait le tour du véhicule en quête d’une solution. Malgré sa bonne volonté et ses vaines tentatives, le voyage se fait coffre ouvert en tenant les portières entrebaîllées…
Nous traversons Samsun qui s’éveille doucement. Le jour est déjà installé, quelques badauds arpentent les rues en escalier. Des chiens errants paisiblement assoupis se réveillent brusquement à notre passage pour nous pourchasser avec fureur. Décidément, il faudra se montrer vigilant avec nos comparses canidés une fois sur les vélos. Sans doute trop préoccupé par l’équation cartons/taxi, j’ai oublié de laisser la clé de notre chambre à l’hôtel, ce sera facturé 100 turkish liras. Les cartons intriguent à présent le chauffeur du car nous permettant de rallier Sinope. Ils sont pris en charge pour 200 TL. Habitués des voyages plus conventionnels et touristiques, on a l’impression d’être souvent ciblés par de petits suppléments à débourser. Pour le moment, nous sommes simplement heureux d’avancer sans trop de difficultés vers le point de départ du trip. Reconnaissants envers les Turcs également de se montrer compréhensifs et toujours prêts à trouver une solution.

Nous sommes assis au fond du car. Un portrait d’Erdogan trône sous le rétroviseur. Un passager s’installe, prend ses aises au point de lâcher une flatulence des plus sonores sur son voisin de couloir qui ne semble pas lui en tenir rigueur. Une légère bruine accompagne le trajet en bus vers Sinope, notre point de départ pour ce voyage à vélo sur les traces de Diogène et de la philosophie cynique. La tête apposée sur la vitre, agitée par les nervures de la route nationale, on observe les paysages très verts et les piscines formées çà et là par les pluies diluviennes des derniers jours. Comme si le ciel était inconsolable d’une nouvelle victoire du dictateur turc.
On apprendra plus tard que d’importantes inondations ont frappé plusieurs provinces au nord de la région de la mer noire. Parmi elles, Samsun, Sinope, Kastamonu, Turkeli ou encore Inebolu où notre hôte Airbnb nous indique par message que l’eau a été coupée par la municipalité.
À la gare routière de Sinope, il nous faut rejoindre le centre-ville. Les navettes ne veulent pas de nous. C’est donc un vieux chauffeur de taxi édenté, tout sourire malgré tout, qui nous prend en charge. Nous calons les cartons, le coffre ne ferme pas, tant pis. Nous nous serrons à l’avant, à deux sur le siège. Au premier virage, un carton et un sac à dos finissent sur la route. Le trajet est court, mais sportif. On nous dépose devant la statue de Diogène. Son regard fier scrute les hommes. Un chien à ses pieds et une lanterne à la main qui évoque l’une de ses nombreuses anecdotes.
Diogène circulant en plein jour avec une lanterne allumée, répondait à ceux qui le questionnaient : je cherche un homme. Comprendre un homme bon et sage. Les hommes peuplant la cité, trop préoccupés par les richesses et le superflu, ne pouvant être considérés comme tels selon lui.
Quel meilleur endroit pour remonter les vélos ? Très vite, un groupe de policiers vient à notre rencontre pour nous offrir du çay et nous aider dans notre affaire.
Au bout d’une heure, ça roule !
Direction le centre pour tourner quelques plans, mais surtout pour déguster le plat local : les manti. De délicieux raviolis de viande agrémentés d’une sauce au yaourt, à l’ail et au beurre. Sinope est une ville de pêche, d’histoire et de tourisme où il semble faire bon vivre. Elle abrite les ruines d’un château ainsi que la plus vieille prison de Turquie dans laquelle a séjourné l’écrivain Sabahattin Ali notamment.
14h, on attaque enfin le trip à vélo. Et cette première étape, qui devait être assez douce, fut extrêmement dense. De longues montées et de longues descentes, sans arrêt jusqu’à Ayancik. Des paysages à couper le souffle, un soleil et un effort aussi. On croise quelques voitures, peu de touristes et encore moins de cyclistes. Surtout des vaches, buffles, écureuils, chiens qui nous pourchassent et même une tortue. On apprécie de dénicher à notre arrivée une maison des enseignants (öğretmenevi), sortes d’auberges de jeunesse que l’on trouve dans la plupart des villes turques. Pour une somme modique, nous nous délectons d’une jolie vue sur la mer au soleil couchant puis d’un repas de roi : adana, kofte et kunefe !
