Tout est parti d’une boutade et de quelques coïncidences.
D’abord, le lancement d’un blog en 2015 avec pour objectif de se mettre à écrire fréquemment et de recevoir des retours et critiques sur notre prose balbutiante.
Aussi, pour caresser le rêve d’être assimilé à la sphère des écrivains, d’entrer peu à peu dans l’imposante maison de la littérature.
CYNIQUETAMERE. Derrière le jeu de mots douteux, un simple hommage aux artistes incisifs, dotés d’une belle plume et d’un regard désabusé, mais intelligent, sur notre monde. Des poèmes, des pamphlets et autres nouvelles se mirent donc à fleurir en ligne.
Puis, la recherche naïve de l’étymologie du mot cynique nous ouvrit les portes d’un courant de pensée et d’un personnage haut en couleur, assez méconnu et pourtant si fascinant : Diogène de Sinope.
Qui aurait prédit, 8 ans en arrière, que la rencontre avec une philosophie vieille de plus de 2500 ans m’aurait mené en Turquie au bord de la mer Noire ? À l’heure où j’écris ces lignes, je me dirige vers Istanbul pour la première étape du voyage. Derrière la caméra, mon frère fait la mise au point pour tenter de capturer les pattes de mouches que j’appose au stylo plume dans un carnet de cuir.
Diogène le cynique ou Diogène le chien sont parmi les sobriquets de ce personnage anticonformiste, antimatérialiste et contre toute forme de privation de liberté. Il mord là où ça fait mal, pour mieux nous éveiller sur l’absurdité de nos comportements, tellement ancrés qu’on ne pense plus à les remettre en question. Un philosophe des actes plutôt qu’un Platon écrivant bien au chaud des théories denses et complexes. Il se masturbe en public, vit comme un clochard, répond toujours par un bon mot inattendu qui déstabilise. Il navigue entre la rock-star et le rappeur aux punchlines aiguisées. Souvent “un ton plus haut”, au-delà des limites, pour mieux nous percuter avec ses idées. Le but est de nous rendre à Sinope, sa ville natale autrefois grecque, pour rallier Istanbul à vélo en longeant plus ou moins la mer Noire. Nous partirons de sa statue à travers le nord de la Turquie pour nous imprégner de ses enseignements, les mettre en pratique, du moins les appréhender et participer à la démocratisation de sa philosophie par la réalisation d’un documentaire.
La tête et les jambes au service du cynisme !
Départ à 10h, quai Claude Bernard dans le 7e arrondissement de Lyon. L’état d’esprit est un doux mélange entre excitation et appréhension. Le stress de l’organisation avorte bien vite ce genre de pensées pour se concentrer sur le pratique. Le matériel et les vêtements, très succincts, ont été répartis au préalable. Les vélos sont démontés et normalement bien empaquetés dans des cartons. Direction l’aéroport de Saint-Exupéry avec Sangjun, le pilote, et Oxmo le compagnon à quatre pattes qui veille sur nos bécanes dans le coffre du van. Nous arrivons aux alentours d’11h, soit 3h40 avant le départ. Au-delà des nombreuses zones d’ombre qui entourent notre voyage : difficultés physiques, barrière de la langue, absence d’hôtel pour la plupart des étapes, c’est avant tout la compagnie aérienne qui nous inquiète. Pegasus fait partie des compagnies les moins appréciées, connues pour ses retards fréquents. Nous avons une correspondance à Istanbul pour un vol interne qui doit nous rapprocher de notre point de départ. Si par malheur les cartons de vélos ne sont pas transférés dans le deuxième avion, c’est tout le projet qui est remis en question et de manière bien pitoyable.
Les aéroports ont gardé un peu de leur poésie, aussi fébrile soit-elle. Voler est désormais banal, certains passagers sont déjà assoupis avant même le décollage. Je reste sous le charme de ces écrans affichant des destinations exotiques, évocatrices de nouveautés ; tous ces visages éclectiques en transit, tantôt accablés de fatigue tantôt soucieux de ne pas trouver leur porte d’embarquement. Surtout, je demeure subjugué, les mains légèrement moites lorsque les roues quittent l’asphalte. Une sensation d’écrasement surgit à la montée de l’appareil avant qu’il ne transperce les nappes de nuages cotonneux pour se stabiliser.
L’arrivée à Istanbul se fait par un magnifique atterrissage en fin de journée. Les neuf îles de l’archipel Adalar en toile de fond, et la ville qui s’étale à l’infini. La correspondance est courte, due à un retard de 40 minutes. Nous avons à peine le temps d’engloutir un sandwich de fast-food, pas vraiment bon marché, cela reste des prix d’aéroport. De nouveau, 40 minutes de retard pour le second vol. Nous arrivons finalement à Samsun à 23h avec le décalage horaire d’une heure.
Dès lors et malgré la fatigue, L’attente des bagages nous procure une dose d’adrénaline dont on se serait passée. Le tapis ne crache ni notre petit sac à dos placé en soute, ni les vélos. Après de longues minutes et quelques difficultés de communication avec le personnel, c’est finalement dans une autre pièce que l’on trouve nos affaires, en bon état à priori. La navette vers le centre-ville s’avère être un minibus. Le chauffeur fait la moue en voyant la taille de nos bagages. Au loin, on aperçoit des chiens errants qui coursent un livreur à scooter. Ça promet pour la suite.
Les cartons sont finalement entassés à l’avant du bus, moi debout, empêchant qu’ils ne tombent sur les passagers. Nous n’avons pas vérifié l’arrêt avec le chauffeur. Nous descendons un stop trop tard, nous forçant à porter les cartons le long de la route pendant une vingtaine de minutes jusqu’à notre hôtel. Après quelques échanges avec le réceptionniste et la réservation d’un “big taxi” pour le lendemain, on se couche vers 1h du matin, un brin soulagés même si ce n’est que le début. Le réveil est prévu à 4h30.
à suivre…
