voyage à vélo turquie istanbul

Voyage à vélo en turquie – Jour 13/14 : Istanbul

Nous y sommes, la boucle est bouclée.

Istanbul est une mégalopole impressionnante. Elle fascine autant qu’elle terrifie. L’insécurité y est quasi inexistante, malgré ses 17 millions d’habitants. Chaque quartier est une ville à part entière.

Dans le quartier Galata, riche en histoire et diversité culturelle, il y a désormais surtout des logements touristiques et des petites boutiques bobo aux prix exorbitants, voire directement en euros ou en dollars. En descendant, on arrive à Karaköy d’où partent les ferries pour le continent asiatique notamment. Si l’on emprunte le pont au-dessus de l’estuaire de la corne d’or et son enfilade de pêcheurs, on se retrouve vers le grand bazar, non loin des principales attractions touristiques, dont la mosquée Sainte-Sophie et le Palais de Topkapi. Le marché aux épices est somptueux également, mais les rabatteurs et leurs étales croulantes sous les sucreries et autres poudres, couplées à la foule, donnent presque la nausée ; le pire étant le grand bazar et son immense conglomérat de plastique, contrefaçons et babioles en tout genre. La chaleur moite et la densité de population rendent les journées de visite éreintantes ou bien c’est seulement nos corps qui ont besoin de repos. Néanmoins, les découvertes culinaires : moules farcies, kokorec (sandwich aux tripes), kumpir (patate garnie) ou encore le charmant quartier de Kadikoy font d’Istanbul une ville attachante dans laquelle on souhaiterait prendre le temps de se perdre pour en capter l’essence et y déceler les secrets.

tag à istanbul

Les habitants sont jeunes, dynamiques, éclectiques dans une cité aux mille vies menacées par les grondements souterrains. Ils vivent avec cette épée de Damoclès, la crainte d’un séisme important pouvant se produire dans les mois ou les années à venir. La récente catastrophe qu’a connue le sud-est du pays en 2023, avec un bilan humain extrêmement lourd n’a fait qu’accentuer la peur des stambouliotes. Si bien que nombre d’entre eux déménagent ou s’apprêtent à le faire prochainement. Istanbul se trouve à quelques dizaines de kilomètres de la faille sismique nord-anatolienne. Le segment de cette faille situé en mer de Marmara n’a pas connu de séisme depuis 1766. Un signe inquiétant, selon les scientifiques, l’accumulation d’énergie à cet endroit risquant de déboucher sur un tremblement de forte magnitude.

En début d’après-midi, nous entrons dans une minuscule boutique de vélo pour rencontrer Gökhun, un passionné de mécanique avec qui j’ai échangé sur Instagram. Il nous a gentiment proposé de nous fournir des cartons de vélo pour notre vol retour, car nous avons jeté les nôtres avec Yoann au tout début du voyage à Sinope. Son atelier se situe dans une petite ruelle, côté asiatique, non loin d’une zone prisée par les artistes à en croire les galeries et autres boutiques atypiques que l’on a croisées. De jolis cafés accueillent nombre de jeunes gens sur leur terrasse en cette journée ensoleillée. On est loin de l’agitation observée de l’autre côté du Bosphore. L’ambiance est détendue, à l’image de notre rencontre du jour. Gökhun, concentré, termine son intervention sur un vélo typé fatbike. Nous parcourons pendant ce temps les modèles suspendus au mur : de magnifiques bécanes customisées aux inspirations vintage et aux couleurs éclatantes. Deux chats roupillent, logés entre deux roues et striés de lumière par le truchement des rayons.

Il pose ses outils, son visage s’apaise et il s’approche de nous avec un sourire bienveillant. Sa chemisette rouge à motifs laisse apparaître de nombreux tatouages. Un short cargo kaki, une paire de vans et des chaussettes hautes à damier, le tout agrémenté d’une superbe moustache, viennent parfaire son style. Une grande sympathie se dégage de lui immédiatement et on sent une certaine timidité touchante lorsqu’il commence à nous expliquer l’origine de son shop, dans un anglais fluide teinté d’un fort accent.

bikeshop filispit istanbul

Ancien ingénieur mécanique, il s’est reconverti dans la réparation et la customisation de vélos. Son rapport particulier aux deux roues date de l’enfance et la passion ne l’a jamais quittée depuis. Son instagram est rempli de photos de voyageurs de passage dans sa boutique tout comme sa porte criblée d’autocollants comme autant de souvenirs de ces rencontres. Le hasard fait qu’il connaît Diogène de Sinope et la philosophie cynique, grâce à sa future femme dont il est fou amoureux à en croire ses nombreuses allusions à elle dans la conversation.

Elle est passionnée de philo et a monté une association pour apprendre aux femmes turques à faire du vélo. Dans un pays aux mentalités encore très patriarcales, seuls les petits garçons reçoivent un vélo en cadeau. Puis, sous prétexte que ce peut être dangereux, les pères ou maris dissuadent souvent les jeunes femmes de rouler. L’asso offre une opportunité d’émancipation et de liberté par le vélo donc en proposant ensuite à ces femmes de devenir des ambassadrices et d’accompagner les prochains élèves dans ce mouvement. Tout se fait bénévolement, dans un souci de proximité et de connexions profondes entre les individus.

Enfin, avant de nous dépanner avec deux beaux cartons, il nous fait part de son admiration des vieux vélos français et nous demande comment on peut expliquer la qualité supérieure des modèles Peugeot, véritables références pour lui. Sur le coup, on sèche un peu, même si on adhère totalement à son propos.

Le jour commence à décliner et avec lui notre voyage et cette escale à Istanbul. On se délecte de balik durum (wraps de poissons) très goûteux, cuits sur un enchevêtrement de polystyrène le long des quais puis on s’installe dans un établissement logé à l’intérieur d’un pont pour une dernière chicha face au coucher du soleil. Il nous faudra quelques jours, une fois de retour en France, pour mettre des mots sur cette parenthèse turque. Cette aventure, initiée par un vieux philosophe barbu et fou à fait naître en nous des souvenirs impérissables. Les paysages traversés, les nombreuses rencontres avec ce peuple turc si attachant et les différentes péripéties du voyage vont nourrir un beau documentaire, j’en suis persuadé.

chat rue istanbul

 

 

Laisser un commentaire